Premier article de blog

Il s’agit de votre tout premier article Cliquez sur le lien Modifier pour le modifier ou le supprimer ou commencez un nouvel article. Si vous le souhaitez, utilisez cet article pour indiquer aux lecteurs pourquoi vous avez commencé ce blog et ce que vous envisagez d’en faire.

article

Publicités
Article mis en avant

Haïti: de la structuration socioéconomique à l’effet du présidentialisme .- Par Jacques Charles

  Aborder la situation chaotique systématisée et/ou les différentes crises sociopolitiques et économiques  au sein de laquelle s’enlise la formation sociale haïtienne relève d’une tache assez lourde à laquelle aucun profane conscient ne souhaiterait soumettre une analyse désarticulée. Une attitude précautionneuse, en ce sens, doit s’imposer, car le moment est venu où il faut appréhender avec dextérité les différents problèmes qui sévissent dans ce pays depuis fort longtemps. Il s’avère, toutefois, difficile mais pas impossible de rendre intelligible ces phénomènes ; surtout, en observant la conjoncture sociopolitique actuelle, il est fort constatable que sur tous les réseaux sociaux  (groupe whatsapp, facebook, etc.) les agents sociaux dans leur grande majorité se versent dans la pensée facile. On a de quoi à s’inquiéter. A noter qu’il y a exception par rapport à quelques articles enrichissants qu’on a publiés dans les colonnes de certains journaux et  qu’on peut, malheureusement, compter sur le doigt de la main.  A cet égard, il nous relève d’un intérêt compatissant de développer une compréhension scientifique sur les comportements inquiétant et anormal souventes fois affichés par les  différents chefs d’Etat haïtiens ; et surtout, avec la corruption qui constitue un handicap majeur au bon fonctionnement dudit Etat. Pour expliciter ce problème crucial, divers auteurs avancent des idées qui ne le résolvent pas d’un coup. Sur ces entrefaites, Sauveur Pierre Etienne  parle, d’un côte, de l’effondrement de l’Etat-nation en Haïti.  Suivant cette conception le politologue nous retrace le caractère neopatrimoniliste et neosultaniste caractérisant le comportement de ces différents chefs d’état. Et ceci, à cet effet, constitue un blocage au bon développement de l’idéal typique de l’Etat-nation européen dans ce pays traditionnel qu’est Haïti. De l’autre, le sociologue  Fritz Dorvilier aborde cette crise comme étant une crise structurofonctionaliste. Pour mieux dire, en ses termes de principaux sous systèmes: le sous système social, le sous système culturel et le sous système économique n’ont pas su remplir adéquatement leurs fonctions respectives.

De fait, dans ce débat acharné deux questions combien importantes sont apparues nécessaires afin de mieux expliciter notre compréhension : primo, comment les chefs d’état conçoivent ils le pouvoir en Haïti? Secundo, les chefs d’état haïtiens n’ont ils pas su réagir autrement  par rapport à  ce dont ils reçoivent comme socialisation première ?

Ainsi, nous ferons de tout notre mieux en vue de réfléchir de manière équilibrée  et minutieuse sur ces interrogations sus mentionnées.

Esquisse historique exotique importante pour une meilleure compréhension de notre approche endogène    

        Force est de constater que l’occident dans sa  vision globale entreprend toujours une démarche d’universaliser son histoire sans tenir compte des contextes sociohistoriques particuliers des autres espaces sociaux. A cet égard, une certaine banalisation outrancière des faits historiques des autres pays s’affirme dans la manière dont les intellectuels (nous aimerions avancer toutefois que notre démarche ne vise pas à homogénéiser l’approche de tous les intellectuels occidentaux) approchent cette question. Qui pis est, les éminents intellectuels des pays de la périphérie  se laissent fourvoyés quand ils parviennent à prendre pour la face d’une même médaille les passés de tous les pays constituant la planète. En ce sens, les marxistes et les libéraux orthodoxes haïtiens sont des cas exemplaires. Autrement dit, ils prennent pour pareille au même le développement des faits sociohistoriques des pays du centre sans aucune prise en compte des contextes endogène et exogène. Ils recourent sans aucune nuance à l’idéal  de l’époque des lumières du XVIIIe siècle et ils plongent du même coup dans une raison cartésienne idéalisée voulant s’imposer comme une règle à tous les agents sociaux (individus et institutions) du cosmos. A cet effet, il nous parait insidieux d’avouer qu’il aurait fallu inventer des catégories philosophiques propres adaptées à la réalité socioculturelle et économique haïtienne, ou rendre cette vision européenne incongrue appropriée à ladite réalité.  Dans cette même logique débordante, C. L.W. Rostow affirme, de manière grotesque et positiviste que pour qu’un pays se développe il faut qu’il suive les mêmes voies qui ont été tracées par les pays en tête (USA, ANGLETERRE, FRANCE, CANADA, etc.) dans le processus de mode de production capitalistique. Auguste Comte pour sa part avance aussi que la question de la liberté marche de pair avec cette vision de ce même progrès. Autrement dit, l’individu trouvera sa liberté dans le progrès qui s’opère dans la nature de la formation sociale européenne. Avec ce développement, la formation sociale de ces pays passe d’une société de militarisme à celle de l’industrie. Néanmoins, il serait logique de dire que la deuxième moitié du XIXe siècle et le début du XXe va mettre fin à la confiance aveugle dans ce progrès angélisé. Marcel Gauchet a raison de dire ce qui suit :

«Deux repères pour situer les premiers vacillements de l’idole du progrès, sous la forme de deux livres (écrits allemands du théologien Paul Lagarde et progrès et pauvreté de l’américain Henri Georges) qui vont connaitre un retentissement significatif et durable. Deux livres symptômes, qui traduisent le trouble de la foi vers le mieux, l’un, a droite, autour de la question nationale, l’autre, a gauche, au nom de la question sociale. p. 125

« Cette tendance que nous appelons le progrès matériel n’améliora jamais la condition des classes inferieures (…) et, qui plus est, elle fera cette condition de plus en plus malheureuse. » p. 128

A ne pas oublier que plusieurs crises battaient leurs pleins à l’époque de ce que l’historiographie appelle la question sociale.  Lesquelles se cristallisent aussi dans le comportement des individus par ce que Nietzsche dénomme le nihilisme. « Au fond, l’homme a perdu la foi dans sa propre valeur, dès qu’à travers lui n’agit plus une totalité d’une valeur infinie… ». Certainement, ces agents sociaux atomisés se sont tous désenchantés par devant les mastodontes crises auxquelles ils font face.

Analyse objective de la structuration économique de la formation sociale haïtienne

En lisant ce qui précède vous pouvez vous dire que cette partie devrait être omise dans notre travail de réflexion. Toutefois, nous la considérons comme une pierre angulaire sur laquelle notre travail est construit. Car elle nous permettra de mieux asseoir notre réflexion. Il appert de là que la réalité sociohistorique ne traverse pas de la même manière toutes les formations sociales. C’est pour cela que les hommes de Saint Domingue (1791 – 1803) ne comprennent pas de la même manière la notion de liberté que ceux des révolutionnaires français. La distinction se porte subtilement  lorsqu’ils parlent de « libète byennèt ».  Les africains libres réduits en esclavage dans la colonie, des leur arrivée, à l’exception des hommes qui se migrent vers les montagnes (marron), travaillent  leur liberté dans le système plantationnaire selon leur vielle conception africaniste. Il nous reste à puiser dans les journaux publiés à l’époque en France et à Saint Domingue en vue de voir plus judicieusement les conséquences qu’ont eu, s’il y a en eu effectivement, sur l’esprit révolutionnaire des « esclaves ». Néanmoins, dans les marrons du syllabaire, Jean Fouchard nous apprend que les cargaisons d’africains libres réduits en esclavage à Saint Domingue proviennent des tribus qui ont subi la domination religieuse de l’islam. C’est-à-dire ils étaient pour la plus part des musulmans s’exprimant en arabes. Déjà nous ne pouvons pas ignorer le poids qu’a tout ceci dans le processus de développement de la personnalité des ces « citoyens » ci-après.

De fait, la structuration des comportements de ces « citoyens libres », toujours avec une  crainte par rapport à l’éventuel retour des français, est beaucoup plus facile à déceler. Et celle-là  prend corps dans la forme d’organisation socioéconomique de ce jeune Etat. Pourquoi ? Parce que non seulement l’esclavage est enfin aboli mais surtout au lendemain de l’indépendance, au delà de toutes les luttes qui sévissent dans cette « société », le projet de construire une « nation » est enfin « réalisable » par rapport à la bataille ensanglantée qu’ont remportées les bossales et les créoles (réunis).  Michel Acacia dans Historicité et structuration sociale en Haïti, en ce sens, nous rejoint dans ce même ordre d’idée en disant que si jamais un pays avait l’opportunité de commencer à zéro en choisissant ses propres institutions, Haïti avait cette opportunité en 1804. Dès lors, toute une nouvelle bataille a vu le jour. Bataille ayant pour fondement la mise en place d’un Etat pouvant répondre aux exigences des autres Etats dans le concert des nations. Maintenant comment va t-on structurer ou du moins quelle stratégie va t-on utiliser afin de rendre possible ce projet. Là est la question qu’on ne peut occulter, pour laquelle on n’a pas de réponse claire. En revanche, il faut dire quand bien même que cette lutte de structuration sera liée à la manière dont les différents groupes, et/ou classes sociales veulent légitimer leur domination à l’intérieur de la formation sociale haïtienne. C’est tout une lutte pour l’hégémonie dans la mise en place de la vision de classe. Le conflit de légitimation de vision relève d’un fait normal dans un espace social.  A cette occasion, les valeurs qui prévalent dans la société haïtienne post esclavagiste consistaient à contraindre les agents sociaux de la paysannerie à s’adonner à la terre au profit des généraux ainsi que les grandons. De là, des mesures légales (code civil, code du travail) ont été scrupuleusement  éditées en vue de réglementer les rapports sociaux conflictuels. Ce modèle d’imposition du travail traverse toute la formation sociale haïtienne depuis la genèse de cet Etat prédateur jusqu’à nos jours. À remarquer que, malgré certaines variations qui se sont opérées au niveau de quelques sphères mais l’organisation socioéconomique du pays ne connait pas un changement radical en profondeur.

La famille : lieu de la socialisation primaire

Durant toutes ces analyses comment est organisée la famille. Cette dernière en tant qu’institution de production et de reproduction en vue d’une bonne conservation de la société est pour sa part influencée par rapport à la valeur dominante. Dans le Vocabulaire technique et critique de la philosophie d’André Lalande, la famille est définie comme « l’ensemble de tous les individus vivant à un moment donné, qui ont entre eux des liens de parenté ou d’alliance définis.»  La famille met, en effet, en application sans égale les valeurs produites dans et par la « société ». À remarquer que cette dernière est traversée par plusieurs valeurs. Eu égard à la difficulté de nommer quel type de rapport de production qui prédomine la formation sociale haïtienne, il est logique de dire que cette institution s’organise en vue de se conformer aux valeurs traversant l’espace social global. À ne pas oublier que tous les agents sociaux qui occupent une place dans les rouages politique et économique s’attachent d’une manière ou d’une autre à une famille. Bien que ce système de parenté n’est pas obligé d’avoir aucun point de similitude à celui de l’Europe. Donc, ce que les agents sociaux reçoivent comme socialisation, ils ne font que les reproduire dans les rouages précités auxquels ils font partie. Toutefois il est indéniable de reconnaitre qu’en dépit de ce qu’ils reçoivent comme formation, ils ont la capacité de faire passer leur  subjectivité. Comme l’a affirmé Guy Rocher, ils sont  comme un comédien qui joue un rôle tout en laissant traverser toute son émotion dans l’acte qu’il joue.

Un fait est certain, c’est qu’en dépit des positions divergentes, il est presque partagé par tous que la formation sociale haïtienne est dominée fondamentalement par un autoritarisme. Lequel participe largement à pérenniser et normaliser les rapports sociaux. Ce qui crée assez souvent  un blocage à l’épanouissement de soi. Personne n’est pas épargné à ce fléau. Celui-ci s‘incorpore même dans l’action des dirigeants qui parviennent pour la plus part à la haute magistrature. Sa plus forte expression se traduit dans le rapport que le chef de l’Etat développe avec le premier ministre. Celui-ci est vu tout simplement comme un majordome par celui-là. D’où la question du présidentialisme que nous considérons quelque part comme effet relatif au mode d’organisation de la structure socioéconomique du pays. M. R. Trouillot, avec ses esprits perspicaces, déclare, à cet égard, que « […] dans tous les points de l’espace social haïtien, les conflits non politiques de pouvoir entre groupes ou entre individus se résolvent le plus souvent sur le mode d’autoritarisme. »  Pour remédier à cette situation, chacun cherche à se défendre tout en empruntant la même voie (autoritarisme, violence). Il s’avère beaucoup plus dangereux quand c’est une autorité (président, sénateur, magistrat) qui instaure son autoritarisme car la société lui confère déjà une légitimité. Il possède déjà un pouvoir politique. En revanche, on peut dire que les actes barbares des chefs d’état et/ou des autorités haïtiennes ne dérangent que si et seulement s’ils atteignent un niveau paroxystique. Les actions du régime des Duvalier est, à cet effet, un cas exemplaire. La société se soulève contre Duvalier non pas parce qu’il tuait les gens. Car la tuerie est très récurrente dans les actions de tous les gouvernements de ce pays, mais parce qu’il déborde le cadre. Il a dépassé la limite. Il a touché des agents sociaux exonérés jusqu’à date de la tuerie de par leur histoire ainsi que leur positionnement dans l’espace social haïtien.

                   En conclusion, nous voyons qu’il n’est pas une fatalité que l’occident veut à tout pris universaliser son histoire ainsi qu’étendre sa vision sur toutes les contrées du monde. Tout en faisant fi des particularités qui sont consubstantielles à la dynamique des réalités sociohistoriques dans les autres espaces sociaux. Qui pis est, mêmes les intellectuels (il est bon de dire que cette approche ne constitue en aucune manière une homogénéisation entre les visions des intellectuels) évoluant dans les pays périphériques se sont trompés par rapport à la piteuse manière dont ils approchent la question. Nonobstant, ils côtoient les phénomènes en question presque chaque jour. En outre, nous avons insisté très brièvement sur comment se déroule la structuration socioéconomique de la formation sociale haïtienne et comment le projet de liberté des esclaves et citoyens ci après prennent forme dans le mode d’organisation socioéconomique de cet Etat au lendemain de l’indépendance. Pour qu’une telle chose soit possible, la famille reste un espace nécessaire.

De la genèse de cet état de 1804 à nos jours, les chefs d’état conçoivent le pouvoir comme un lieu de reproduction de soi. Les chefs d’état Haïtien  souventes fois face à leur estime de soi bas terrorisent tous les gens se trouvant dans leur  environnement immédiat.  Parce qu’ils se mettent dans une situation où ils cherchent toujours à maintenir bêtement l’autorité qu’ils avaient eue à la maison sur l’espace social global. C’est la raison pour laquelle de Toussaint Louverture (à préciser  que le régime de T. Louverture a précédé” la nation haïtienne”) à Jovenel Moise, les présidents pensent qu’ils sont le père de la « nation » et ils agissent en tant que tel. Leurs actions démontrent comment de manière éhontée ils réduisent le peuple à un certain enfantillage beat. À cet égard, il est même visible de constater l’échec de la séparation de trois pouvoirs dans l’agissement de ces diverses autorités. Il n’est pas logique de faire intervenir un deus ex machina en vue de répondre aux questions. Puisque, l’homme est le fabricateur de sa propre histoire. Ainsi le comportement de caractère autoritaire assez souvent que nous pouvons constater chez nos différents chefs d’état ne survient pas du fruit du hasard. Cela débute dans la famille qui structure le comportement des agents sociaux et ceux-ci à leur tour en arrivant à la haute magistrature reproduit le rapport de domination patriarcal qu’il exerce au jour le jour au sein de la famille. Quelque part il devient inéluctable que ce modèle de comportement adopté a l’intérieur de la famille détient une conséquence sur la politique du pays. Sur ce, à l’heure de l’autodétermination des peuple va-t-on laisser le pays gouverner dans la logique du troupeau où même le gardien de la brebis nous emmène dans une voie que lui-même ne connait pas encore ?

Jacques CHARLES

Étudiant niveau 2 de sociologie

à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH)

Le courage d’étudier en Haiti.- Par Anderson Pierre

« Si je revendique quoi que ce soit, elle me donnera tout bonnement  zéro pour mon stage » me raconte Lucie*, avec une voix pleine de douleur, de honte et de désespoir. La jeune, étudiante en technologie médicale de 25 ans, en fin de stage dans une école supérieure privée à Port-au-Prince ne cache plus sa colère face au comportement douteux de son accompagnatrice. « Les instruments avec lesquels on travaille datent de plusieurs années. Elle ne prend même plus le temps de regarder les résultats ni ce que je fais pour me coller un zéro. Aussi performante que je puisse être, je vais devoir reprendre le stage et donner une somme de 250 gourdes pour chaque exercice. Et ceci, elle me le fait très clairement comprendre car c’est avec cette somme versée par les étudiants et étudiants  qu’elle achète chaque année son ticket pour voyager. »

Le stage en fin d’étude est de nos jours, dans leurs institutions ou à l’extérieur, est un véritable parcours de combattant qui met les étudiants haïtiens à de rudes épreuves. L’exploitation, le mauvais traitement, les injures et parfois même des tapes et des pincements sont le lot des étudiants qui effectuent leurs stages avec des accompagnateurs hostiles. Pour échapper à leurs bourreaux, certains se résignent et se soumettent totalement. Mais c’est un cercle vicieux. « Je pourrais bien me résigner et même payer les 250 gourdes la première fois si jamais j’échoue à la fin de ce stage mais je ne sais pas jusqu’à quand je serai obligée de payer cette femme.» se lamente Lucie les yeux remplis de larmes. « Pourtant, je suis parmi les cinq meilleurs étudiants de ma promotion ».

Après avoir déboursé le peu que leurs parents possèdent, des fois en usant de toutes les stratagèmes possibles pour joindre les deux bouts afin de payer les frais académiques et en étudiant durant des années souvent avec le ventre vide, les étudiants haïtiens ne sont pas pour autant à l’abri des problèmes. « La direction de mon école nous fait savoir que nous ne sommes pas le premier groupe d’étudiants en stage et que nous avons intérêt à nous plier aux exigences du personnel sinon on ne verra jamais la couleur de nos diplômes» me confie la jeune technicienne en laboratoire après un long soupir. « On ne peut pas se plaindre de mauvais instruments ni en exiger de nouveaux et encore moins dénoncer les mauvais traitements ».

Faute de places, des étudiants sont obligés de payer leurs stages mais le traitement n’est guère meilleur. « Si je termine avec ce premier stage, je serai obligée d’aller faire un autre dans un hôpital. Et la je vais devoir verser un frais mensuel pendant trois mois. Mais depuis ce stage, je redoute de plus en plus ce genre d’expérience où l’on vous insulte pour un rien». Le cas de Lucie est loin d’être isolé.  C’est tout un système bien organisé. Les responsables et professeures de certaines écoles supérieures privées dans le pays usent de toutes les ruses pour tirer le maximum de profit de leurs étudiants.

En attendant la validation de son stage, Lucie n’est pourtant pas au bout de sa peine. Au début du mois de novembre, on lui a annoncé qu’elle a encore à verser vingt cinq mille gourdes pour la cérémonie de graduation de sa promotion qu’elle y participe ou pas. Une somme que sa mère, en province, aura tout le mal du monde à réunir bon gré ou malgré.

Par Anderson PIERRE

L’Université d’État d’Haïti à la lumière du « complexe de la chauve-souris »

Par Mozart SAINT FLEUR[1], apprenti sociologue a la Faculté des Sciences Humaines (FASCH/ UEH).

Ce que la littérature zoologique ignore jusqu’ici de la chauve-souris, c’est justement sa capacité, une fois qu’elle se retrouve dans l’eau à nager de trois à quatre heures en restant suspendue sur l’eau, en cas de fatigue. Après la pause, elle recommence à nager. La chauve-souris, la nuit, aime surfer dans l’eau. Cependant, une fois dans l’eau elle nage jusqu’à la mort […][2]. (Délima, Pierre, Le Nouvelliste, 6 septembre 2016).

Institution d’origine médiévale[3], l’Université dans toute société qui se respecte, a toujours joué un rôle fondamental. En Haïti, par contre, cette institution fait l’objet d’une désorganisation[4] totale, laquelle donne naissance à « un surpeuplement des petits centres universitaires qui s’isolent les uns des autres sans pouvoir donner une réponse adéquate aux multiples besoins de la société » (René Phèdre, 1997 :4). Pendant qu’ailleurs l’Université ne cesse d’être remaniée, l’Université[5] en Haïti, qu’elle soit publique ou privée, demeure dans un état d’immobilisme, de croupissement et d’engourdissement. Celle-ci est tellement désorganisée que n’importe qui, aussi médiocre que soit son parcours intellectuel, peut être dit propriétaire et se faire appeler Doyen et/ou Recteur. L’Université d’État d’Haïti[6] (UEH), l’institution qui nous intéresse la plus dans ce travail, fait l’objet de crises[7] permanentes. Ces crises sont récurrentes au point où elles deviennent la mission fondamentale de l’UEH. « Existant depuis 1944, l’Université d’État d’Haïti n’arrive pas encore à se mettre à la hauteur de sa mission, de ses objectifs et de sa vision  déclarés » (Pierre Délima [2002]2014 :83). La recherche n’y est nullement valorisée. C’est comme si les problèmes auxquels font face le pays pouvaient être miraculeusement résolus. À L’UEH, le désordre est systématisé en ordre, pour parler comme DELIMA (2016). Personne ne joue son rôle comme cela aurait dû l’être. L’UEH, en tant qu’institution, fonctionne à la manière d’un navire sans capitaine. Sa logique de fonctionnement peut être résumée en ces termes: « Ôte-toi que je m’y mette ». De là, l’on se demande : En quoi l’UEH est-elle l’exemple typique du « complexe de la chauve-souris » dont parle Pierre DELIMA (2016) ? Que peut-on attendre de l’UEH dans une telle logique de fonctionnement? En quoi peut-on expliquer les problèmes[8] auxquels fait face l’Université d’État d’Haïti? Quel est l’objectif poursuivi par cette institution? Dans quelle mesure, l’UEH qui, de son côté ne peut même pas s’autogouverner peut-elle arriver à aider la société haïtienne à faire face aux différents problèmes qu’elle confronte?

Avant d’aller plus loin, disons que cet article n’est pas exhaustif. Il n’est pas non plus une satire. Il s’inscrit plutôt dans le cadre du prolongement de la nouvelle grille de lecture utilisée par Pierre Délima, dans son texte intitulé La société haïtienne et le complexe de la chauve-souris, paru en 2016. L’auteur voit dans la rénovation et l’amélioration de l’Université haïtienne, notamment de l’UEH, une nécessité essentielle « afin de former des techniciens conscients de leurs capacités et de leurs limites, capables d’adapter intelligemment leurs connaissances à la réalité dans laquelle ils devront agir » (Oswaldo Sunkel, 1966 :414). Ainsi reconnaissons-nous combien il est risqué, voire périlleux, pour un étudiant qui n’a pas encore soutenu son mémoire de sortie à l’UEH, d’oser fournir une réflexion, aussi scientifique soit-elle, sur ladite institution, une institution où le politique, l’agression physique et/ou verbale, les menaces de mort, etc., priment sur la réflexion, le dialogue. Soulignons que dans cette logique, le développement de « la pensée complexe[9] », au sein de l’UEH, est un impératif impérieux. Le rayonnement d’une telle pensée nous aidera, non seulement à affronter l’erreur, l’illusion l’incertitude et le risque, mais aussi et surtout à cultiver le sens de la tolérance, le respect mutuel, à accepter l’autre selon son point de vue[10]. Comme l’aurait dit Max Weber, il n’y a pas qu’une seule façon de voir la réalité, car le réel est insaisissable, et, donc, complexe[11].

Selon Olivier Reboul [1989] (2014 :43-44), l’Université est une institution qui « allie l’enseignement supérieur[12] à la recherche fondamentale». C’est aussi, selon lui, « la mémoire critique et intellectuelle d’une société » (Reboul [1989]2014 :43-44). De son côté, Guy Rocher (1990), lui, écarté de la conception humaniste de l’Université, voit dans cette institution, non seulement un lieu d’enseignement et de recherche, mais aussi un lieu politique. Il nous dit en ses termes :

On préfère la [l’université] définir comme une institution de haut savoir, exclusivement dédiée à l’enseignement et à la recherche. C’est s’aveugler, car même lorsqu’elle se cache à elle-même sa fonction politique, l’université l’exerce sans vouloir en prendre conscience. […]. Ce n’est certes pas en niant la fonction politique de l’université qu’on s’en libère. (Rocher, 1990 :18).

Se basant sur l’UEH, Gérard Pierre-Charles (1988:6) a signalé qu’elle est une institution portant «les stigmates de 30 années de dictature ». Avec le décret du 19 décembre 1960, pris par Duvalier, ajoute l’auteur, cette institution «a souffert d’un processus de macoutisation ». Cette «macoutisation», avance Pierre-Charles, a duré plus d’un quart de siècle et « l’a dégradé du point de vue académique et moral, la condamnant à l’abandon, à la médiocrité » (Pierre-Charles, 1988:6).

Pierre Délima (2016), pour sa part, a signalé, sans aucune tergiversation, que « l’Université, qui constituerait la superstructure idéologique de la société [haïtienne] tourne en rond tout au long de l’histoire sans pouvoir se développer, répondre à sa mission et se mettre en conformité avec les besoins de celle-là » (Délima, 2016 :52).

Mathieu Rémy (1998), lui, s’accentuant sur les problèmes auxquels confronte l’UEH, a signalé:

Par sa carence de structures propres à faciliter la communication directe avec les autres composantes du système éducatif, l’Université d’Etat d’Haïti accuse tous les signes d’une institution juxtaposée, mal intégrée à son milieu, incapable de définir ses objectifs généraux de formation […] (Mathieu, Rémy, 1998 : 102-103).

James Engé (2013), de son côté, se montrant beaucoup plus radical que les autres auteurs haïtiens sus-mentionnés, ne mâche pas ses mots. Il met à nu « le voile qui cache le dysfonctionnement de l’UEH ». Ce voile, selon lui, « a pour cause principale que les personnes ressources ne sont pas à leurs justes places » (Engé, 2013 :152). À son avis, tout est politisé à l’UEH. Sur ce point, il a déclaré qu’ […] on politise le budget, la nomination des professeurs à temps plein, le cursus académique, la préparation et la soutenance des mémoires, la recherche, en somme la mission scientifique de l’Université (Engé, 2013 :152).

Arrêtons ici un peu pour élucider le rapport de l’UEH au « complexe de la chauve-souris (CCS[13]». Soulignons que l’expression ’’complexe de la chauve-souris’’ est de Pierre Délima (2016). Il s’agit d’une nouvelle grille de lecture se situant entre la sociologie et la psychanalyse, laquelle est utilisée par l’auteur pour parler du « blocage » ou de l’impasse dans lequel se trouve la société haïtienne. «De manière imagée et imaginée, le CCS consiste à nager pour ne pas s’en sortir » (Délima, 2006 :48). Autrement dit, le « complexe de la chauve-souris est ainsi défini : « Se créer de nouvelles difficultés pour garder  la tête sous l’eau chaque fois qu’une porte de sortie s’ouvre[14] ».

À notre humble avis, l’Université d’État d’Haïti[15] (UEH), en tant que sous-système du système global qu’est la société haïtienne, elle aussi, n’est pas exempte du « Complexe de la Chauve-souris » dans la mesure où elle fait face à une multiplicité de crises depuis sa fondation, lesquelles l’empêchent de répondre efficacement à ses missions[16]. Aussi, après son processus de « macoutisation », rien n’a été fait en termes de changement (s) pratique (s). Elle n’a pas non plus su profiter de la période de l’entre-deux-guerres ni celle de 1945 à 1990 – considérée comme la plus féconde dans l’historiographie mondiale de l’enseignement supérieur (1993 :3). L’UEH est donc le bastion de crises permanentes.

On dit souvent que « Vouloir sortir d’un trou, c’est cesser de le creuser » Délima (2016 : 44). À l’UEH, c’est tout le contraire. Les trous sont si profonde qu’il devient difficile, voire impossible de s’en sortir. Aussi, le désordre, l’autoritarisme, l’absence de respect mutuel, l’ « incendiarisme[17] », sont entre autres des éléments qui sautent le plus aux yeux. Le mot d’ordre, comme il est sus-mentionné: « Ôte-toi que je m’y mette ». Aucun effort, sinon de manière théorique, n’a été fait afin que l’UÉH puisse répondre effectivement aux problèmes auxquels fait face le pays – un pays sauvagement dévasté par le tremblement de terre du 12 janvier 2010. L’UEH[18] aurait dû saisir cet événement afin de repenser son programme, donc, son mode de fonctionnement, etc. Pourtant, elle continue à marcher de fatalité en fatalité. Voilà, très brièvement, ce qui nous amène à ouvrir le cadre d’analyse de Délima (2016) en établissant le rapport entre l’UEH et la chauve-souris en situation de nage dont parle l’auteur.

Selon l’auteur:

La chauve-souris en tant qu’animal, est fixé par des dispositions naturelles qui lui donnent la possibilité, toutes les fois qu’elle se trouve dans un milieu aquatique, qui n’est d’ailleurs pas son milieu naturel, de nager, de se débrouiller et de se débattre dans l’eau jusqu’au bout de souffle. Elle laisserait l’impression de tirer un fou plaisir de la nage. Par contre, il n’en n’est point question car, elle est condamnée à nager jusqu’à la mort, donc sans pouvoir ni devoir s’en sortir (Délima, 2016 : 42).

La permanence des crises à l’UEH confirme bien cette observation. Fondée en 1944, celle-ci reste jusqu’à aujourd’hui à l’État embryonnaire et ne fait preuve d’aucune attirance pour les étrangers. Sa dynamique de fonctionnement laisse entrevoir qu’il s’agit d’une Université qui a été conçue exclusivement pour les haïtiens.

Soulignons, toutefois que Délima (2016) n’est pas pessimiste quant à l’avenir de la société haïtienne. Après avoir mis à nu les problèmes qui trainent en longueur au sein de ladite société, l’auteur nous invite à faire un dépassement. Ainsi, a-t-il fait remarquer  que « L’essai, La société haïtienne et le complexe de la chauve-souris, ne constitue pas un traité du « désespoir », mais ramasse certaines traces des faits qui alimentent le désespoir et sollicite une rupture » (Délima, 2016 :309). À son avis, « La catharsis[19] est possible, mais elle doit déboucher sur la définition et l’adoption de la priorité : la stabilité pour le développement du pays par un changement de mentalité individuelle au profit du collectif » (Délima, 2016 :309).

Comment peut-on savoir qu’on est à destination si l’on n’avait pas d’abord fixé là où l’on voulait arriver? En d’autres mots, comment peut-on espérer trouver la chose si l’on ne sait même pas ce qu’on cherche? Et, c’est exactement la position de Rémy Mathieu en ce qui concerne l’objectif de l’UEH. Celui-ci nous dit que « […] l’UEH, ne sachant pas ce qu’elle cherche ou poursuit, ne pourra rien trouver» (Mathieu, 1998 : 87-88). L’analyste poursuit en disant que « […] c’est là une situation dangereuse en matière d’éducation. Tant qu’à ne point savoir où elle va, il y a fort à parier que l’UEH a déjà contribué à fabriquer la plupart des monstres, anarchistes et apatrides  qui peuplent la société haïtienne » (Mathieu, 1998 : 87-88).

Ce n’est pas, ce nous semble, « L’idée d’Université[20] » qui nous échappe dans ce pays. D’ailleurs, la grande majorité des professeurs, doyens, recteurs, etc., durant leur parcours intellectuel, voyagent, voient et fréquentent des universités prestigieuses de l’étranger et lisent de grands ouvrages. Le problème semble plutôt résider dans un esprit clanique, désordonné qui ne cesse de grandir au jour le jour à l’UEH et ne pouvant nous empêcher ni de tourner autour du pot ni de surfer sur l’eau comme des chauves-souris en situation de nage, pour parler comme Délima.

Dans cet article, nous sommes convaincu que l’Université est bien plus qu’un espace d’hostilité brutale, d’autoritarisme, de carnage, de meute, comme beaucoup d’entre nous l’ont toujours supposé. L’Université est bien plus qu’un espace où règne la logique du plus fort, selon la logique hobbesienne. Elle n’est pas non plus un lieu où l’agressivité prime sur le dialogue et sur la réflexion. L’Université est loin d’être une arène où s’affrontent les clans avec pour principe « ôte-toi que je m’y mette ».

Nous défendons l’hypothèse que l’Université recèle un lieu de réflexion, de production, d’échange, de respect mutuel ; un lieu où l’académique est en avance de phase sur le politique et sur l’intérêt individuel. Autrement dit, l’Université « est, ou elle devrait être, l’intelligence de la nation, le centre de l’activité intellectuelle d’où surgit la rénovation de la vie scientifique, sociale, culturelle et politique d’un pays (Sunkel, 1966 :409).  Elle est, ou elle devrait être, « le centre de la pensée où se concentre l’effort d’interprétation de la société dont elle fait partie, en étudiant le sens de son histoire et en contribuant à révéler son image future » (Sunkel, 1966 :409). L’Université, comme l’a si bien dit Reboul ([1989]2014) est « le seul lieu où la critique est institutionnalisée, officielle en quelque sorte ; un lieu qui doit ou devrait être avant tout un lieu de « loisir » et d’indépendance » p.47.

 En bref, pour répéter Rémy Mathieu (1998) :

L’institution universitaire, admise comme lieu de création et de diffusion de transformation et de conservation du savoir, du savoir-faire et du savoir-être, n’est rien moins que le lieu d’exécution d’un avenant à ce contrat social qui nous vaut d’être organisée en société.

Donc, l’Université est loin d’être un labyrinthe, un chaos, une jungle. La jungle, comme dit le dicton populaire, est un enfer; mais à l’UEH, nombreux sont ceux qui ont fini par l’admirer.

On entend souvent dire que la capacité d’accueil de l’UEH est absolument faible. Nous disons que c’est faux et archi-faux, car comment voulez-vous qu’une institution dont sa capacité d’accueil est absolument faible accepte et tolère qu’un étudiant y passe au moins huit ans, pour une durée d’étude de quatre ou cinq ans, sans que cela n’interpelle les autorités concernées? Passer un temps plus long que le cycle d’étude à l’UEH devient monnaie courante. Parfois, c’est voulu. Parfois, c’est non voulu. Tout se passe comme si c’était normal. La gestion du temps nous échappe grandement. D’où une UEH qui tourne en rond.

S’accentuant sur les crises auxquelles fait face l’UEH, Remy Mathieu (1998) nous dit :

À côté de tant d’autres non évoquées ici, la crise de l’UEH provient de toutes ces malaises suscitées par une très longue période de gestion insouciante du temps, de l’espace des moyens matériels, institutionnels et de la qualité des ressources humaines indispensables à la consolidation et à la prospérité durable et irréversible de notre être collectif (Mathieu, 1998 : 112. Les italiques sont de nous).

Si le temps, comme le dit Norbert Élias[21] ([1984] 1989), sert à mesurer quelque chose, alors, compte tenu de la « gestion insouciante du temps » à l’UEH, n’est-ce pas très douteux de dire que ce quelque chose-là existe à ladite institution? Telle n’est pas ici notre préoccupation.

Passons maintenant à l’une des missions fondamentales accordée à l’UEH, à savoir la recherche[22]. Considérée au sens général du terme, la recherche est « la production de savoirs nouveaux, dont le contenu est publiquement contrôlable» (Reboul [1989] 2014 :45). Pour certains, à l’UEH, la recherche est quasiment inexistante (René Phèdre, 1997 ; Fréderic Gérald Chéry, 2012 ; Hérold Toussaint, 2016 ; Fritz Dorvilier, 2013). Selon ces auteurs-là, cette institution se voue presqu’exclusivement à la formation, donc à l’enseignement[23] et non pas simultanément à la formation et à la recherche, comme le font par exemple beaucoup d’autres universités à travers le monde.

Phèdre (1997 :112) signale que faute d’un « programme d’études avancées, on finit par restreindre les activités de recherche à la seule expérience de recherche conduisant à la réalisation d’un mémoire ».

Ainsi, si la recherche scientifique à l’UEH n’est pas totalement absente, elle semble n’être pas toujours encouragée. Les quelques-unes qui ont été réalisées sont restées à la critique rongeuse des souris. Ils ont presqu’aucune valeur en termes d’utilité pratique. Cette indifférence vis-à-vis des idées produites localement est presque semblable aux constats de Louis-Joseph Janvier en 1884 sur les œuvres littéraires produites en son temps. Dans son article titré « L’évolution littéraire en Haïti : Les poètes et les auteurs dramatiques », Janvier (1884 :1) a signalé qu’ « Il faut avouer que jusqu’à ces derniers temps, et même dans la classe aisée de la société haïtienne, l’indifférence pour les œuvres nées des cerveaux haïtiens a été malheureusement générale ».

Fritz Deshommes (2011 :12), de son côté, a signalé qu’à l’UEH, la recherche est vécue comme une «activité secondaire », et, donc «traitée en parent pauvre ». Aussi, à son avis, du point de vue global, plutôt que la recherche, la publication, l’acquisition des matériaux nécessaires à la recherche, quelle que soit la faculté considérée, « la priorité est accordée à la rubrique des salaires » (2011 : 30). En bref, selon Deshommes, « la recherche à l’UEH est à ses premiers balbutiements » (Deshommes, 2011 :12).

Comment peut-on développer un pays sans mettre l’emphase sur la production scientifique?

Avançons pour dire que, par le développement des sciences modernes, l’Université  ne cesse de prendre de nouvelles tournures. Alors que l’enseignement et la recherche sont maintenant considérés comme missions traditionnelles de l’Université contemporaine, en Haïti, ces deux missions dites traditionnelles de l’Université sont loin d’être efficacement remplies. Ces changements sont signalés par Tim Vorley et Jen Nelles, dans leur article intitulé « (Re) conceptualiser l’université : Le développement institutionnel[24] », publié en 2008. Ils disent:

Qu’ils soient unis ou distincts, l’enseignement et la recherche sont, en tant que missions traditionnelles de l’université contemporaine, de plus en plus soumis à une dynamique nouvelle. À l’heure actuelle, l’essor de l’économie de la connaissance observé partout dans le monde fait des universités le moteur même de la croissance économique […] – nouveau glissement qu’Etzkowitz et al. (2000) qualifient de « seconde révolution académique ». En substance, cette révolution désigne la transformation des universités, autrefois véritables tours d’ivoire, en institutions plus engagées au plan socio-économique (Tim Vorley &Jen Nelles, 2008 :148).

Est-ce réellement, comme on dit toujours, les moyens qui manquent à l’État [haïtien] quant à la mise en place d’une Université sérieuse? Au dire de Chéry (2012), ce n’est pas l’argent qui fait défaut à l’État [haïtien], mais plutôt un cliché ayant pour base la faiblesse de l’Université dans la question de l’aide de l’État. D’où le maigre budget attribué à la recherche. Dans cette logique, doit-on espérer quelque chose de l’UEH, voire la classer au rang des Universités?

Pour Rémy Mathieu, « […] le propre de toute Université efficace est de savoir anticiper sur les problèmes de l’avenir » (1998 : 134). Dans ce même ordre d’idée, Mumpasi LUTUTALA a déclaré :

Le regard et l’intérêt portés sur l’université se focalisent généralement sur son rendement interne (le nombre d’étudiants formés à tous les niveaux du système, la qualité de la formation, la durée des études, la recherche ou la production des connaissances et leur qualité, l’internationalisation, les publications scientifiques) et externe (l’employabilité des diplômés et leurs performances professionnelles, et le rôle de l’université dans la gouvernance et l’édification de la société). C’est par ces indicateurs que l’on mesure les performances d’une université, et qu’on la situe dans le classement des universités. (LUTUTALA, 2012 : 23-24).

Sans aucune prétention de prendre pour recette les indicateurs cités par Mathieu (1998) et Lututala (2012), l’UEH répond-elle à ces critères ? Sinon, à combien d’entre eux répond-elle?  D’où l’impérieuse nécessité de réorganiser l’Université en Haïti, qu’elle soit publique ou privée. Parmi les problèmes auxquels il faut s’attaquer dans la poursuite de cette réorganisation, citons entre autres « Les programmes, la pertinence et l’aménagement des cours dans les sessions, le nombre de crédits correspondant à chaque cours, le nombre de cours à chaque programme, la gestion des cours, la répétition des cours d’une entité à une autre» (Délima, [2012] 2014 :96). À cela s’ajoute « la mobilité des étudiants à l’intérieur de l’UEH, le temps réglementaire des études, la gestion des ressources disponibles la qualification des professeurs d’Université, l’échange interuniversitaire, les bibliothèques » (Délima, [2012] 2014 :96).

De là, laisse entrevoir que l’idée de « réforme universitaire » n’est pas du tout mauvaise en soi. Seuls les gens ayant l’esprit inculte pourraient ne pas voir dans cette dite réforme un impératif impérieux. Malheureusement, politisée et désordonnée, elle [cette réforme[25]-là] ne fait qu’attirer la haine du côté de bon nombres d’étudiants, de professeurs, etc. D’où, malgré son importance capitale, son goulot d’étranglement. Mis à part les éléments pré-cités, on pourrait considérer l’imperméabilité de certains dirigeants du pays, en général, et de l’UEH, en particulier, à l’idée de réforme. Beaucoup plus sonores que pratiques, certains dirigeants  semblent être réfractaires à l’idée d’une Université réformée. La logique est qu’à bord du pouvoir, ils voient tout ; mais qu’une fois au pouvoir, ils ne voient rien, et, donc sont aveugles. Aussi, à force d’être accoutumé à une chose [qu’elle soit bonne ou mauvaise], il est possible qu’on finisse par « tirer un fou plaisir de la nage ». D’où la situation de coma de certaines entités de l’UEH. D’où aussi, selon nous, le rapport existant entre le mode de fonctionnement de cette institution et les « chauves-souris » dont parle Délima (2016).

Dans ce cas, qui sont les principales victimes? Le recteur ? les doyens ? les professeurs ? les petits personnels, etc. ? En tout cas, seuls les gens ayant l’intelligence lourde comme les ailes de la chauve-souris dans l’eau, pour parler comme Délima, pourraient ne pas voir que ce sont les étudiants qui sont les principales victimes. Car, et les professeurs et les doyens, etc., ils continuent à recevoir leur salaire[26].

Il en découle de toute l’analyse précédente que l’UEH, à l’instar de presque toutes les autres institutions du pays, ne cesse de tourner en rond à la manière de la chauve-souris dans l’eau. Elle est, en toute logique, une Université « en retard de vision et de structure », une université « conservatrice et extravertie », marquée par « l’absence de politique prévisionnelle », « l’absence du sens d’anticipation sur les problèmes de l’avenir» (Rémy Mathieu, 1998). Dans cette logique crasseuse de fonctionnement, l’UEH est l’exemple typique, non seulement du « complexe de la chauve-souris », mais aussi du «paradoxe de l’âne de Buridan[27] ».

On ne saurait clore l’article sans apporter une précision fondamentale. Contrairement à ce que pourraient imaginer certains « esprits obscurs » ou « approximatifs[28] », réputés en matière de déformation des idées scientifiques produites en toute indépendance intellectuelle, cet article n’a ni pour but de détracter l’UEH ni pour froisser quiconque. Il vise plutôt un prolongement du cadre théorique de Pierre Delima (2016). Aussi, en ce qui concerne l’UEH, l’article ambitionne un autre rapport entre les dirigeants et les dirigés (Chéry, 2012) afin de sortir du trou dans lequel nous nous trouvons. D’où la nécessité de « cesser d’agiter le spectre du chaos » (Délima, 2016 :283). D’où, aussi, la nécessité de mettre de côté la rancœur et l’hypocrisie : deux obstacles majeur en matière de d’entente. Le temps est venu pour que l’Université haïtienne – qu’elle soit publique ou privée – devienne une boussole pour la société. Quel organisme de la société sera plus qualifié que l’Université dans l’accomplissement de cette tâche? Autrement dit, « Où donc, si ce n’est au sein même de l’organe de la société qui a pour mission d’inculquer le respect de la vérité,[…] et de faire preuve d’une énergie morale et suffisante pour exprimer la vérité en quelque circonstance que ce soit ? » (OSWALDO, Sunkel, 1966 :413). Pour ce faire, la société haïtienne et les universités du pays devraient cesser de fonctionner  à la manière de deux pôles identiques de deux aimants. Elles doivent cesser également de fonctionner comme des chauves-souris dans l’eau. Car, « Nager par nécessité pour ne pas mourir dans l’eau et mourir en nageant pour ne pouvoir s’en sortir est un dilemme » (Délima, 2016 :44). Que l’Université haïtienne devienne une université « ouverte » « agissante[29] », « vivante» et « innovante », etc.!

 

Septembre 2017

À mes grands-parents Nestor ANDRE et Merisena JOSEPH qui, malheureusement, ont déjà cassé leur pipe.

©All Rights Reserved

mozartsaintfleur@yahoo.fr   

saintfleur57@gmail.com

(+509) 3865-3413 / (+509) 4377-6832

Bibliographie

CHÉRY, Fréderic Gérald. 2009. Le financement de la décentralisation et du développement local en Haïti. Préface de Jean-Claude Fignolé. Port-au-Prince : Imprimerie Henri Deschamps.

CHÉRY, Fréderic Gérald.2010. L’action de l’État et de l’économie en Haïti. Port-au-Prince: Imprimerie Henri Deschamps.

CHÉRY, Fréderic Gérald.2012. La Structuration de l’Économie & la Réforme de l’État en Haïti. Port-au-Prince: Imprimerie Henri Deschamps.

DELIMA, Pierre. [2012]2014. Constitution, Lois Éducation en Haïti 1801-2011 : Eléments de politiques Éducatives. Québec : Le Béréen / Édition Mémoire ; Le Béréen / Édition Mémoire.

DELIMA, Pierre. 2016. La société haïtienne et le complexe de la chauve-souris. Québec : Délima Pierre et les Éditions Mémoire.

DELIMA, Pierre. 2016. «  Délima Pierre : La société haïtienne et le complexe de la chauve-souris ». Le Nouvelliste 30 août. URL : <Lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/162562/Delima-Pierre-La-societe-haitienne-et-le-complexe-de-la-chauve-souris >, consulté le 25 août 2017.

DELIMA, Pierre. 2016. Qu’est-ce que le complexe de la chauve-souris ?». Le Nouvelliste 6 septembre. URL : <Lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/162815/Qu’est-ce-que-le-complexe-de-la-chauve-souri>, consulté le 25 août 2017.

DESHOMMES Fritz.2011. Regard sur la recherche Universitaire en Haïti. Port-au-Prince : Édition de l’Université d’État d’Haïti.

DORVILIER, Fritz (dir). 2012. La crise haïtienne du sous-développement : Essai d’anthropologie dynamique. Port-au-Prince : Editions de l’Université d’Etat d’Haïti.

ELIAS, Norbert. [1984] 1989. Sobre el tiempo. Traducción de Guillermo Hirata, Madrid, Fondo de Cultura Económica, S. A. de C. V.

ENGÉ, James. 2012. « L’UEH face aux enjeux structurels et aux conflits générationnels », p.109-119 In DORVILIER, Fritz (dir). 2012. La crise haïtienne du sous-développement : Essai d’anthropologie dynamique. Port-au-Prince : Editions de l’Université d’Etat d’Haïti.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_l%27âne_de_Buridan, consulté le 1 septembre 2017.

https://www.google.ht/amp/s/www/lesechos.fr/amp/35/673835.php, consulté le 3 septembre 2017.

JEAN, William.2010. La production de connaissance à l’UEH et les conditions socio-économiques des masses vivant dans les quartiers populaires. Mémoire de licence en sociologie. Faculté des Sciences Humaines. Université d’Etat d’Haïti. Non publié.

LUTUTALA, Bernard Mumpasi. 2012. « L’Université de Kinshasa : « colline du savoir », colline des transactions ». JHEA/RESA 10, (1): 23-48

MATHIEU, Rémy.1998. Vers la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche. Jacmel : Presses de Page Ink « Collection du Tri-centenaire de Jacmel »,.

NAJEM, Dhaher.2013. « L’Université, un nouvel outil de développement local? Le cas de Jendouba en Tunisie » JHEA/RESA Vol. 10, No. 2, 2012, pp. 63–80

OSWALDO. Sunkel.1966. « Université, développement économique et planification ». In : Tiers-Monde, Tome 7, no 26. Blocages et freinages de la croissance et du développement (1), pp.409-415. DOI : 10.3406/tiers.1966.2213

PHÈDRE, René.1997. L’université d’État d’Haïti et la question de l’autonomie. Mémoire de licence en sociologie. Faculté des Sciences Humaines. Université d’Etat d’Haïti. Non publié.

PIERRE CHARLES, Gérard. 1988. Université et démocratie : L’Université et les universitaires dans la lutte pour la démocratie et le changement. Port-au-Prince : Cercle de Réflexion et d’Études en Science Politique (CRESPO).

PIERRE, Pégy F. C. 2016. « Qu’est-ce que le complexe de la chauve-souris ? ». Le Nouvelliste 6 septembre. URL : <http://lenouvelliste.com/article/162815/quest-ce-que-le-complexe-de-la-chauve-souris>, consulté le 26 aout 2017.

REBOUL, Olivier. [1989]2014. La philosophie de l’éducation. Paris: PUF, Dixième édition: « Collection Que sais-je »?

RICARD, Francois.1985. « Sur deux fonctions occultées de l’université ».  Liberté, vol. 27, n° 2, (158), p. 83-90. URL : http://id.erudit.org/iderudit/31259ac

ROCHER, Guy. 1990. « Re-définition du rôle de l’université ». in Fernand Dumont et Yves Martin. L’éducation 25 ans plus tard et après ? Version électronique réalisé par Jean Marie TREMBLAY.

SEGAL, André.1997.  « L’université ou le savoir comme enjeu social ». Un article publié dans l’ouvrage sous la direction d’André Turmel.1997. Culture, institution et savoir. Culture française d’Amérique, pp. 25-43. Québec : Les Presses de l’Université Laval.

TOUSSAINT, Hérold. 2016. L’idée d’université expliquée aux étudiants. Introduction de Laënnec Hurbon: Port-au-Prince, Imprimerie Média –Texte.

TOUSSAINT, Pierre. 2013. « Quelle université pour Haïti dans la perspective de sa reconstruction ». Haïti Perspectives 2 (1).

VORLEY, Tim & NELLES, Jen. 2008. « (Re)conceptualiser l’université : le développement institutionnel dans le cadre et au-delà de la ‘’Troisième mission’’». Politiques et gestion de l’enseignement supérieur 2008/3 (20) : 145-165.

 

[1] Né à Bainet, notamment à la première section Brésilienne (Kay Ga), le 28 juillet 1990, Mozart SAINT FLEUR étudie la Sociologie à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) lui permettant d’acquérir certaines connaissances en matière de relations humaines et sociales, etc. Il a aussi suivi d’une dizaine de séminaires dont ONG et Aides humanitaires, Introduction à la sociologie clinique, Élaboration et gestion de projets à ladite Faculté. De plus, Mozart est l’auteur de « La modernisation de la simple antisèche aux examens du baccalauréat haïtien : stratégie des examiné(e)s de contourner un « système » cherchant à les mettre en quarantaine ». Cet article est disponible à la bibliothèque de la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA) et sur internet. Mozart est aussi l’auteur d’un manuel d’Anglais titré Business English Book and Exercises, disponible à la Bibliothèque Nationale d’Haïti. Membre du Groupe GRASHS (Groupe de Recherche et d’Action en Sciences Sociales et Humaines), Mozart et ses collègues, rédigent, sous la direction du Professeur Mick Robert ARISMA, un ouvrage marquant le quarantième anniversaire de la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA) lequel ayant pour titre: La Faculté de Linguistique Appliquée : quarante (40) ans après.

[2] DELIMA, Pierre. 2016. Qu’est-ce que le complexe de la chauve-souris». Le Nouvelliste 6 septembre. URL : <Lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/162815/Qu’est-ce-que-le-complexe-de-la-chauve-souris?>, consulté le 25 août 2017.

[3] Cette conception n’est pas partagée par tout le monde. Pour Andé Ségal (1997 :7), « L’université est précisément une structure longue des sociétés occidentales, bien qu’il faille se demander si elle est réellement d’origine médiévale ou si elle n’aurait que deux siècles ».

[4] Pour parler de la désorganisation de l’enseignement supérieur en Haïti, Pierre Délima (Délima [2012] 2014) utilise l’expression de «balkanisation ». Selon lui, « Le constat le plus simple permet d’établir que l’enseignement supérieur en Haïti est dans une situation de « balkanisation » (Délima [2012] (014 :74)

[5] « Il existe trois types d’Université en Haïti : l’Université d’État d’Haïti, les Universités privés de types laïque et confessionnel les Universités publiques » (Délima, [2012] 2014 : 83).

[6] L’Université d’Haïti, fondée en 1944, est devenue l’Université d’État d’Haïti par le décret du 16 septembre 1960.

[7] Selon Rémy Mathieu (1998), la notion de crise « admet plusieurs acceptations. Mais dans le cas d’une institution telle que l’Université, fondée sur l’interrelation humaine à finalité sociale, la crise peut se définir comme le moment critique d’exaspération des contradictions internes ; cette phase explosive à laquelle aboutissent des conflits d’intérêts matériels ou moraux persistants en non résolus à la satisfaction des partis en litige. » (MATHIEU, Rémy, 1998 :24). Olivier Reboul, pour sa part, nous dit que « si l’université est en crise, il s’agit essentiellement d’une crise d’identité ». Reboul [1989] (2014), p.43

[8] Ces problèmes sont à la fois « d’ordre structurel, infrastructurel, organisationnel, administratif et pédagogiques » (Délima, [2012]2014 :93).

[9] Le concept « Pensée complexe » est d’Edgar Morin.

[10] Voir : https://www.google.ht/amp/s/www/lesechos.fr/amp/35/673835.php

[11] Aussi, le développement de la pensé de G. Simmel, Max Weber, W. Pareto, nous serait beaucoup utile.

[12] Le terme  ‘‘enseignement supérieur’’, selon l’auteur, n’a rien « d’anti-démocratique ». Un enseignement, dit-il, est « supérieur » « au sens précis où il n’y en a plus au-delà de lui […], Reboul [1989] 2014, p.44.

[13] S’accentuant sur la sociogenèse du CCS, Pierre Délima (2016 :56) a signalé qu’ « […] il faut comprendre que le CCS ne va pas de soi. Il n’est ni la résultante d’une génération spontanée en 1804 ni une fatalité du temps. Il est historiquement construit sur le plan mental à partir de la réification humaine, des pratiques sociales et des intégrations. La semence de de l’édification inhibée formant le CCS se situe donc au-delà de l’avènement d’Haïti à l’indépendance. Le format du CCS provient de l’esclavage, dans ses pratiques et le mode de cassure révolutionnaire, qui n’a pas été géré par l’adoption d’un modèle nouveau de société […] ».  Voir DELIMA, Pierre. 2016. La société haïtienne et le complexe de la chauve-souris : Québec, Délima Pierre et les Éditions Mémoire.

[14] Voir PIERRE, Pégy F. C. 2016. « Qu’est-ce que le complexe de la chauve-souris ? ». Le Nouvelliste 6 septembre. URL : <http://lenouvelliste.com/article/162815/quest-ce-que-le-complexe-de-la-chauve-souris>, consulté le 26 aout 2017.

[15] Soulignons que « Tous les pans de la société haïtienne peuvent être vus au travers du CCS » (Délima, 2016 :97).

[16] En ce qui concerne la mission théorique de l’UEH, voir les articles I, II, III, IV, et V de l’Avant-projet de loi portant sur l’organisation et le fonctionnement de l’UEH, mars 2005.

[17] Le concept « Incendiarisme » a été utilisé par le Professeur Fritz Dorvilier alors qu’il était en train de dispenser son cours de Sociologie du développement à la Faculté des Sciences Humaines, en 2016.

[18] Ceci est valable pour toutes les autres Universités du pays.

[19] Par la catharsis, considérée ici comme prise de conscience individuelle et collective en vue du dépassement, de la transcendance et de l’élévation au-dessus de tout ce qui divise pour attendre ce qui unit […] (Délima, 2016 :310)

[20] Voir, à cet effet, TOUSSAINT, Hérold. 2016. L’idée d’université expliquée aux étudiants. Introduction de Laënnec Hurbon: Port-au-Prince, Imprimerie Média –Texte.

[21] Voir ELIAS, Norbert. [1984] 1989. Sobre el tiempo. Traducción de Guillermo Hirata, Madrid, Fondo de Cultura Económica, S. A. de C. V.

[22] La recherche universitaire, selon Reboul règle trois fonctions: d’abord,  la recherche approfondie ou fondamentale ; ensuite, une fonction de maintien ; enfin, une fonction de mémoire critique ou de réflexion. Toutefois, selon l’auteur, la dernière fonction, en l’occurrence de la fonction critique, peut exercer dans d’autres endroits, mais il est certain que l’université est l’endroit unique où « la critique est institutionnelle, officielle en quelque sorte» (Olivier Reboul [1989] (2014 :45-46).

[23] Pour un auteur comme Olivier Reboul [1989] (2014), il y a trois types d’enseignements. D’abord l’enseignement culturel ; ensuite, l’enseignement professionnel ; enfin l’enseignement de la recherche. Tout en restant distincts, voire en conflits, dit l’auteur, ces derniers sont souvent confondus dans les faits (p.44).

[24] Dans cet article, ces deux auteurs ont signalé trois missions de l’université au cours de son évolution. D’abord, jusqu’au milieu du XIXème siècle, l’université avait pour mission « l’enseignement ». Ensuite, « la recherche a donc rejoint l’enseignement, et constitue depuis lors la deuxième mission de l’université». Enfin  « En raison de la nature principalement économique les universités sont désormais qualifiées d’« entrepreneuriales. » Toutefois, selon ces deux auteurs, «loin d’être détachée des fonctions de base de l’université, la Troisième mission est inextricablement liée à l’enseignement et à la recherche » (Tim Vorley et Jen Nelles, 2008 :147 -152)

[25] À l’instar du concept « démocratie », le mot ‘’réforme’’, en Haïti, devient banal et vide de sens à cause du mauvais usage qu’on fait d’eux.

[26] D’où un exemple de détournement du proverbe : « L’ouvrier qui travaille mérite son salaire ».

[27] « Le paradoxe de l’âne de Buridan est la légende selon laquelle un âne est mort de faim et de soif entre son picotin d’avoine et son sceau d’eau, faute de choisir par quoi commencer ».Voir : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_l%27âne_de_Buridan

[28] Ces expressions sont de François Ricard. Voir RICARD, Francois.1985. « Sur deux fonctions occultées de l’université ».  Liberté, vol. 27, n° 2, (158), p. 83-90. URL : http://id.erudit.org/iderudit/31259ac.

[29] Pour une bonne compréhension des concepts d’université « ouverte », « agissante » et « vivante ».Voir OSWALDO. Sunkel.1966. « Université, développement économique et planification ». In : Tiers-Monde, Tome 7, no 26. Blocages et freinages de la croissance et du développement (1), pp.409-415. DOI : 10.3406/tiers.1966.2213.

Le premier évènement satellite OpenCon en Haiti

OpenCon est une conférence mondiale qui réunit des universitaires et des professionnels du monde entier en vue de débattre autour de ses 3 domaines prioritaires : Open Access, Open Education et Open data. Cette réunion mondiale est organisée par la Coalition du droit à la recherche, la SPARC ( Scholarly Publishing and Academic Resources Coalition) ainsi qu’un comité d’organisation d’étudiants et de chercheurs de début de carrière. Cette année, elle aura lieu du 11 au 13 novembre 2017 à Berlin.

Des évènements satellites OpenCon seront tenus à des endroits divers de la planète. Aussi, sous le leadership du Réseau des Jeunes Bénévoles des Classiques des Sciences Sociales (REJEBECSS) et de l’Association pour la Promotion de la Science Ouverte en Haiti et en Afrique (APSOHA), un de ces évènements se tiendra en Haiti, dans la ville du Cap-Haitien, le 25 novembre prochain. Les présentations seront articulées autour des problématiques relatives à la dématérialisation de la recherche scientifique en Haiti, aux injustices cognitives en œuvre dans les Suds, à la décolonialisation du savoir, aux logiciels collaboratifs, à la science ouverte en Haiti…

Les organisateurs de cet évènement satellite projettent de rassembler jusqu’à cent (100) universitaires du pays dans la ville du Cap-Haïtien pour y prendre part ; et en prélude, deux conférences et une table ronde sont envisagées. Déjà les inscriptions sont lancées. Pour vous inscrire, cliquez sur http://www.opencon2017.org/56770/opencon_2017_haiti?recruiter_id=56770

Cet évènement  satellite (OpenCon 2017 Haiti) se veut un espace pour apprendre et se connecter avec une communauté d’étudiant-e-s et des professionnels intéressés par la recherche ouverte et l’éducation. Par ailleurs, il s’inscrit aussi dans la vision de la SCIENCE OUVERTE visant entre autres la démocratisation du savoir, du numérique… Laquelle vision que les organisateurs (membres de REJEBECSS et de APSOHA) font sienne.

Rency Inson MICHEL

rencyinson@gmail.com

4 411 36 25

La Grande Rivière du Nord meurt à petit feu._

« Nous mourrons tous… — et elle plonge sa main dans la poussière ; la vieille Délira Délivrance dit : nous mourrons tous : les bêtes, les plantes, les chrétiens vivants, ô Jésus-Marie Sainte Vierge ; et la poussière coule entre ses doigts. » In Gouverneur de la Rosée

Je n’arrête de baver de désolation devant la course aveugle de la commune de la GRANDE RIVIÈRE DU NORD vers les frontières de la mort. Cette terre sous le soleil de laquelle mes yeux se sont ouverts perd toute sa gloire. Cette terre qui a vu naitre l’un des plus grands d’entre nous : Jean Price Mars! Je pleure son cap sentencieux vers le trépas. Elle s’y rend comme une vieille branche d’arbre dans les crues d’une rivière.

 

La GRANDE RIVIÈRE DU NORD a perdu cet enviable titre qu’elle avait gardé jalousement pendant longtemps : le bastion des intellectuels. Ce n’était nullement un cadeau. Elle en était digne. De la plume éblouissante de diverses générations qu’elle avait connues, de leur verbe imposant, de leurs augustes performances académiques … a suinté tout ce qui a valu à cette ville _ ayant vu naître le fondateur de la nation haïtienne, Jean Jacques Dessalines, _ ses lettres de noblesses dans le milieu intellectuel du pays. Sa jeunesse, aujourd’hui, sans repères, sans espaces de loisirs, se perd dans l’absurdité. Elle languit au bord de l’abîme.

La terre de cette grande ville historique ne donne presque plus rien à manger. Sa production agricole a décru considérablement. La production de ces principales denrées : canne à sucre, banane, ananas, cacao, café, oranges, citrons… s’éteint à fond de train. De surcroit, elle est l’une des communes du pays ayant le plus fort taux d’utilisation de charbon de bois. Aussi, quand par chance les agriculteurs arrachent quelques denrées agricoles, elles ne font pas vraiment de prix au marché. D’ailleurs, le pouvoir d’achat de la population s’affaiblit exponentiellement. C’est un fait : la vie à la GRANDE RIVIÈRE DU NORD se tourne de plus en plus en pénitence.

Parce qu’entre autres, l’eau fournie par la DINEPA à la population rivenordaise est polluée, celle-ci est exposée à un ensemble de maladies (diarrhée, dysenterie, malaria, ect.). Elle est contaminée particulièrement par du nitrate de sodium et la pollution de la grande rivière dont la commune porte le nom. Une rivière où sont déchargés des matières fécales, des eaux de lessivage, des déchets de toute sorte.

La ville est dans le noir. Elle est pourtant pourvue d’un système hydro-électrique. Les routes la reliant à ses communes voisines : Cap-Haitien, Dondon et Bahon, sont dans un état lamentable. Voyager vers la GRANDE RIVIÈRE DU NORD est donc une vraie sentence. Retenez aussi ce grand danger environnemental qui guette la population : les crues intempestives de la grande rivière du nord qui, d’ailleurs, ont déjà emporté une bonne partie de la ville et qui de temps en temps détruit des vies et des biens.

Et à coté de tout ce qui se précède, il est un autre fait que je ne saurais éclipser devant la dénonciation de tous les maux que vit la GRANDE RIVIERE DU NORD. Il s’agit du pourrissement des relations sociales. De plus en plus, elles se fondent sur la méfiance citoyenne, le clientélisme, l’injustice et des dichotomies entre urbain et rural, et entre quartiers.

La politique a tout pris à cette dame. Une politique dont le fondement est la « gouvernementalité par irresponsabilité ». Cette dame qui gémit et dont l’âme se plaint. Ce visage froissé qui l’enlaidit et derrière lequel se nichent les tribulations de son existence est surtout l’œuvre de ses leaders politiques. Des bouffons dignes des pièces de Jesifra, des têtus, en mal de vision, incapables de penser et réaménager son cadre urbain, et qui se masturbent en pensant résoudre des problèmes profondément structurels par l’assemblage d’un ensemble de petits projets. Des activistes politiques détenteurs de pouvoir, mais incapables de mettre en perspectives les aspects socio-économiques du changement, et à maitriser sa composante sociopolitique. De vrais éléphants dans des magasins de porcelaines.

Si ce misérable état dans lequel végète la commune de la GRANDE RIVIÈRE DU NORD dénote l’échec des pratiques politiques qui la gouvernent, il n’en demeure pas moins que son salut est encore possible. Un salut qui demeure tributaire d’un nouveau leadership politique. Il doit etre inclusif, progressiste, conscient, éclairé et visionnaire. Tant que cette commune reste prise en otage par ces politiques traditionnels ne voyant plus loin que le bout de leur nez, son salut tardera à venir.

Rency Inson MICHEL

rencyinson@gmail.com

4 411 36 25

La modernisation de la simple antisèche aux examens du baccalauréat haïtien: stratégie des examiné(e)s de contourner un « système » cherchant à les mettre en quarantaine._ Par Mozart SAINT FLEUR

Concernant  les élèves des couches défavorisées qui fréquentent les écoles ne répondant pas aux normes d’une institution scolaire, il s’agirait d’une forme de sanction, de répression à leur endroit. En vue de leur barrer quelque chose auquel ils n’ont pas droit. Comme s’ils étaient responsables de leur condition. […] Cependant, la catégorie regroupant les élèves qui fréquentent les super écoles – celles ayant la côte très hausse en terme de réputation – ne fait pas face à ce problème.[…]. Pour ces élèves, le bac est une forme de récompense sociale pour les efforts qu’ils ont consentis à l’école qui, en réalité, n’est, à leurs yeux, qu’un passe-temps. Un lieu de divertissement et de rencontres […][1].

 

Au cours de cette décennie, la tricherie aux examens du baccalauréat haïtien a pris une autre ampleur. En effet, le temps de la simple antisèche[2] est aujourd’hui démodé grâce à la « démocratisation du téléphone portable[3] ». Compte tenu de son accessibilité croissante depuis environ une dizaine d’années, au sein de la société haïtienne, le téléphone portable, comme le souligne certains observateurs, devient non seulement un instrument permettant de maintenir le contact, mais aussi et surtout un outil extrêmement important permettant de tricher aux examens du baccalauréat [haïtien]. En dépit de toutes les interdictions faites aux élèves de ne pas pénétrer dans les salles d’examens avec leur portable[4], certains responsables du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) ne cessent de déplorer la montée graduelle de l’utilisation de cet appareil lors du déroulement desdits examens[5].

De là, l’on se demande : qu’est-ce qui explique le recours incessant de certains élèves aux téléphones portables dans les examens du baccalauréat haïtien, en dépit de toutes les interdictions faites par les responsables du MENFP? Le baccalauréat haïtien est-il à la portée de toutes les catégories sociales? N’est-ce pas une forme d’injustice de « soumettre aux mêmes épreuves des individus inégaux »? Autrement dit, les examens du baccalauréat haïtien, ne sont-ils pas en faveur d’une classe sociale, et, du coup, au détriment d’une autre? En quoi la dichotomie Créole/Français[6], la désuétude des méthodes d’évaluation, l’incapacité du MENFP à contrôler les pratiques en cours dans le système, bref, la structure du « système[7] » [éducatif haïtien], et donc, l’ « arbitraire culturel[8] » exercé par l’école, en général et le « système » éducatif haïtien, en particulier, contribuent-ils à la montée de ce phénomène?

Avant d’aller plus loin, nous voulons dire que cet article n’a aucune prétention d’être exhaustif, ni d’être une apologie de la tricherie aux examens du baccalauréat [haïtien], mais vise plutôt à comprendre et expliquer celle-ci, à travers une perspective sociologique. Aussi, sommes-nous conscients que produire un article de ce genre est une entreprise éminemment périlleuse, car pour répéter le titre de l’article de Pierre Bourdieu, la sociologie est « une science qui dérange » (1980 : 19). Elle est « une science qui dérange » dans la mesure où l’un de ses buts est de « dévoiler des choses cachées et parfois refoulées […]» (Bourdieu, 1980: 20). De plus, comme le souligne Pierre Delima, « Jusqu’ici l’Haïtien demeure quelqu’un qui n’aime pas qu’on le critique, qu’on le dise à lui-même tel qu’il est, tel qu’on le voit, tel qu’il se révèle » (Delima [2012]2014 : 8).

Éducation et société marchent de pair. En effet, «Le caractère sérieux d’une société réside dans l’importance qu’elle accorde à l’éducation» (Pierre Delima, [2012]2014 :5). Pour le sociologue français, Émile Durkheim [1938] (2003: 51), le rôle de l’éduction est de «[…] transmettre des normes de générations en générations ». Autrement dit, l’éducation a pour fonction la socialisation. Néanmoins, en s’accentuant exclusivement sur le rôle de socialisation que remplit l’école, Durkheim ignore la dimension de « reproduction » qu’assure une telle institution. Par conséquent, on doit attendre les travaux empiriques de Pierre Bourdieu et de Jean-Claude Passeron, dans les années 1960, afin de remettre en question cette conception unidimensionnelle de Durkheim faisant de l’école un instrument démocratique de la mobilité sociale. Comme l’a si bien résumé Pierre Delima [2012] 2014, les auteurs de La Distinction montrent que l’institution scolaire

[…] fonctionne comme s’il servait à reproduire la domination de la ‘’classe dominante’’. Sous couvert de neutralité et d’égalité des chances, l’institution scolaire conduit à exclure les enfants des classes populaires, ‘’classes dominées’’. Le système exerce, en effet, un ‘’arbitraire culturel’’ permettant cette sélection. L’école valorise et légitime une culture dite savante acquise en dehors de ses murs ([2012]2014 : 600. Les guillemets sont de l’auteur).

En d’autres mots, pour Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, l’école est un système de classement des individus perpétuant la division de la société en classe et contribuant ainsi au maintien des inégalités. Et, selon Dubet et Martuccelli, trois fonctions essentielles sont à remplir dans tout système éducatif : d’abord une fonction éducative, à savoir l’ensemble des connaissances surtout intellectuelles que l’enfant doit acquérir pendant son jeune âge ; ensuite une fonction de socialisation qui, elle,  renvoi à la production des individus adaptés à la société au sein de laquelle ils évoluent ; enfin une fonction de distribution qui est la répartition des individus dans les positions sociales[9] (1996 : 24).

Revenons à la tricherie aux examens du baccalauréat haïtien. Pour Luders Maitre (2003), cette pratique existe depuis l’instauration même de ces examens[10]. Néanmoins, rares sont les recherches éclairées et éclairantes qui ont été faites pour en déceler les causes.

Pour une première catégorie, elle est due non seulement aux « lacunes des candidats », à « […] l’incapacité de la plupart des établissements scolaires à transmettre des savoirs et des savoir-faire aux élèves », mais aussi  à « l’illégal niveau de préparation scolaire des bacheliers » (Luders Maitre, 2003:5-79 in Isidor Nadège, 2007 :17). Pour une seconde catégorie, elle est déterminée par « l’absence d’un encadrement familial de la scolarité des candidats depuis le primaire » (Isidor Nadège, 2007: 24). Pour une troisième, elle est liée à la «perte des repères sociaux c’est-à-dire, à la disparition du modèle standard devant conditionner l’ascension sociale » (Certains responsables du MENFP in Isidor Nadège, 2007 : 9). Enfin, pour une quatrième et dernière catégorie, ce phénomène n’est autre que le reflet de «la mentalité de notre société où la duperie est devenue monnaie courante […] » (Pierre Josué Agénor CADET, 2006 ; 2009).

Néanmoins, contrairement à ce que pourraient imaginer certains de ces auteurs, les classes défavorisées ne sont pas toujours aptes à assimiler l’éducation qu’offre l’école par le fait qu’elles ne possèdent pas toujours le niveau culturel qu’inculque une telle institution. De ce fait, « L’inégalité des chances scolaires est une courroie de reproduction des inégalités sociales» (Pierre Enocque François, 2009 :39).

Tout ceci pour dire que le baccalauréat haïtien n’est pas profitable à toutes les catégories sociales du pays. Et, c’est justement ce qu’a montré Dieulermesson PETIT FRERE (2013) dans son article publié dans le quotidien haïtien Le Nouvelliste, en date du 16 juillet 2013. Selon lui, « dès ses premières années, le baccalauréat n’a pas été chose facile pour les candidats[11] ». Pour une catégorie sociale [la grande majorité], dit l’auteur, ces examens représentent « un lieu de censure  et de torture », c’est-à-dire une forme de « sanction », de « répression » ou encore une « épée de Damoclès », pour répéter ses propres expressions. Alors que pour une autre catégorie, il constitue « une forme de récompense sociale », un « passe-temps », un « lieu de divertissement » et de « rencontres ». De plus, « au lieu d’être une évaluation », ajoute l’auteur, le baccalauréat haïtien « se veut être un châtiment » pour la classe défavorisée fréquentant des ‘’écoles borlettes’’[12]. L’auteur conclut en disant que « Et s’il [le baccalauréat haïtien] évalue quelque chose, c’est plutôt, l’ «origine sociale des bacheliers », car dit-il, « la logique est ainsi : carte blanche aux privilégiés et carte rouge aux défavorisés avec une légère considération pour la classe moyenne » (Dieulermesson Petit Frère, 2013).

De là, laisse entrevoir que, l’école, dans une perspective bourdieusienne, n’évalue pas simplement les compétences qu’elle communique. Ce qui est évalué, ce sont plutôt les compétences acquises hors de l’école, par exemple dans le milieu familial.

Le pire, c’est qu’en Haïti « les résultats des examens officiels ne sont jamais interprétés pour faire l’objet de décisions d’amélioration des pratiques d’enseignement et d’apprentissage », comme l’a si bien dit Pierre Delima ([2012]2014 :58). Donc, le baccalauréat haïtien, de manière latente, peut être interprété, suivant la thèse de Pierre Bourdieu et de Jean-Claude Passeron, comme étant un circuit ou l’on « traite égalitairement des individus inégaux ». Donc, « en faisant la culture de la classe dominante la culture légitime, l’école favorise les favorisés, les élèves issus d’origine sociale dominante et défavorise ce qui sont déjà défavorisées, ceux issus des milieux pauvres » (Pierre Bourdieu & Jean-Claude Passeron in Pierre Enocque, 2009 :38).

Aussi, « les critères d’évaluation pénalisent tout particulièrement, tous ceux qui n’ont pas pu s’approprier les caractéristiques de l’habitus de la classe sociale dominante » (Bourdieu & Passeron in Pierre Enocque François, 2009 p.38).

De là, découle notre hypothèse : Outre la dichotomie Français/Créole, la désuétude des méthodes d’évaluation, etc., la modernisation de la tricherie aux examens du baccalauréat haïtien est une stratégie utilisée par les examinés(es) en vue de défier un « système » qui veut les mettre en quarantaine.

De plus, tout en optant pour une sanction des coupables allant d’un mois à trois ans de prison, Pierre Agénor CADET (2006 ; 2009), lui, dans le quotidien haïtien, Le Nouvelliste, dénonce la « démission et la complicité » de certains parents, directeurs, professeurs, surveillants, superviseurs ainsi que le silence de l’État et de certains partenaires de l’éducation en général en vue d’expliquer ce phénomène qu’il qualifie de fléau. Il nous dit en ces mots:

Que faire pour combattre ce fléau ? Il faut repenser la façon de recruter les surveillants, superviseurs, responsables de centres […], faire appel à des enseignants et/ou inspecteurs scrupuleux, demander aux candidats de déposer leurs portables éteints sur le bureau des surveillants, sanctionner les coupables, proposer une loi pour rendre la tricherie aux examens passible d’amende et d’une peine de prison d’un mois à trois ans […]. (CADET, 2006. C’est nous qui soulignons).

Si la réflexion  de Pierre Josué Agénor CADET nous permet de comprendre les causes superficielles de la tricherie aux examens du baccalauréat [haïtien], elle est loin d’être éclairante sur les causes profondes d’un tel phénomène. Ainsi, au lieu de rechercher les causes d’une telle pratique dans la structure du système, et donc, par exemple, dans la « fonction de sélection », « de reproduction de la stratification sociale » ou, pour mieux dire, dans l’ « arbitraire culturel » qu’assure l’école, et plus précisément le baccalauréat haïtien, il [Cadet] opte, dans sa formule magique sus-mentionnée, pour des sanctions à l’endroit de ce qu’il appelle des « coupables ».

D’ailleurs,  certaines études ont déjà montré que la punition n’est pas un antidote à la tricherie. Par exemple, c’est le cas de la recherche réalisée par la sociologue Anne Guardiola (s.d)[13], sur l’enseignement supérieur. Selon cette recherche-là, « le nombre infinitésimal d’étudiants effectivement punis, fait de la sanction de la triche un mythe plus qu’une réalité, et laisse se développer un sentiment d’impunité ».

En 1979, Marie Michelle Gaillard a souligné que l’école haïtienne est « une institution qui assure une fonction de sélection des individus à travers des mécanismes tels la langue française[14] […] en imposant des barrières d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur pour les catégories les plus défavorisées » (1979 : 34).

Alors que le MENFP reconnaît théoriquement le français[15] comme langue de l’enseignement en Haïti, et que les épreuves se font généralement en français, peu de professeurs et d’élèves maîtrisent bien cette langue. Sur ce point, Isidor Nadège soutient que «La majorité des écoles du pays utilise le créole comme langue d’enseignement et non le français » (2007 : 13).  Aussi, ajoute-elle, « Les enseignants, du primaire au secondaire, n’ont pas tous, en Haïti, les compétences linguistiques requises en français» (Isidor, 2007 :13).

Quant aux élèves, eux-mêmes, selon ce que rapporte un professeur, correcteur aux examens du baccalauréat haïtien, certains n’arrivent pas à écrire en français. Il poursuit en disant qu’ « on voit que l’élève comprend, il compose, mais il n’a pas une bonne note parce que la rédaction est mauvaise » (Louis-Auguste Joint 2006 :388-389, JUVENAT, Entretien C9). Une telle affirmation laisse entrevoir que la langue n’est pas seulement un outil de communication, mais aussi et surtout un outil de sélection, de « pouvoir », de « pouvoir symbolique », pour répéter Pierre Bourdieu. Et, c’est peut-être en ce sens que Bourdieu  et Passeron, ont affirmé que « […] la réussite scolaire dépend étroitement de l’aptitude (réelle ou apparente) à manier la langue d’idées propre à l’enseignement […] » (Bourdieu & Passeron, 1964 : 25).

En réalité, quelle est la finalité du « système » éducatif  haïtien? Malgré les diverses tentatives qui ont été faites pour améliorer l’éducation au sein de la société haïtienne, parmi lesquelles citons entre autres : la Réforme BELLEGARDE (1920), la Réforme BERNARD (1979), la Réforme DARTIGUE (1980), le Plan National d’Élaboration et de Formation (1998), le Plan Opérationnel de l’Éducation (2011), etc., rien n’a été réellement changé. Comme le souligne Jean-Erick Joassaint (1978 : 29), « Les programmes, quoique remaniés, présentent les mêmes inconvénients. Ils sont, des systèmes fermés, de type réformiste modéré. Ils sont plus chargés, plus sonores que pratiques […]». « Du primaire au secondaire, l’élève haïtien, poursuit l’auteur, est une machine à réciter des leçons ». Il enchaine en disant qu’« on évalue la capacité de rétention des élèves par des exercices, des tests[16] ». « Ce gavage intellectuel, ajoute l’auteur, nous fabrique en série des hommes uniquement doués de mémoire, qui nous maintiennent dans un état d’immobilisme» (Joassaint, 1978 :29).

Depuis plus de deux siècles, l’idée de gratuité et de l’instruction obligatoire  se situe aux cœurs d’une multiplicité de constitutions qu’a connues Haïti (Pierre Delima, [2012]2014 ; Joassaint Jean Erick, 1978), cependant les statistiques ne cessent de prouver une montée spectaculaire du taux de l’analphabétisme.

S’accentuant sur l’inefficacité du système éducatif haïtien, Pierre Delima, a décrit certains problèmes auxquels fait face ce secteur. Selon lui :

Le secteur de l’éducation est caractérisé, entre autres,  par une offre et un accès limité à tous les niveaux, […], un déficit de la qualité de l’éducation, un manque de gouvernance, un rendement interne et externe inefficace et inefficient et la prédominance[17] du réseau privé ([2012]2014 : 19).

En analysant la finalité de l’enseignement en Haïti, de l’époque coloniale à 1980, Pierre-Jacques Charles, de son côté, a signalé qu’il n’y a aucune évolution quant à la destination de celle-ci. À son avis, l’enseignement en Haïti garde toujours son caractère éminemment élitiste :

[…] de 1804 à nos jours, nous croyons qu’il n’y a aucune rupture dans les finalités de l’enseignement [en Haïti]. La situation actuelle n’est que le prolongement de celle qui prévalait à la période coloniale : une éducation accessible à une minorité privilégiée (Pierre-Jacques Charles in Hoffmann Léon-François, 1990 :215. C’est nous qui soulignons).

Jean Erick Joassaint, se montrant, lui, beaucoup plus radical que Pierre-Jacques Charles, a souligné que : «L’école haïtienne n’a formé que des « quémandeurs de jobs », « incapables de rien, capables de tout » (1978 : 24).

Quant à la dichotomie Créole/Français, devons-nous rejeter l’une ou l’autre de ces deux langues? Devons-nous les harmoniser dans notre système d’enseignement[18]?

Bien qu’il considère la langue française comme « une solide barbouquette » mis à la bouche du peuple haïtien afin de l’empêcher de s’exprimer, Joassaint (1978) nous dit que « rejeter la langue française, c’est accepter une forme d’isolement international. La conserver telle qu’elle est, c’est accepter d’isoler intérieurement 98% du peuple haïtien » (1978 :7-8). Lofficial (1979 :60-67), de son côté, a déclaré que « l’unique utilisation de l’une, surtout, le créole en vue d’éviter le traumatisme culturel et pédagogique ne sera pas exempte de nombreuses contestations quand on se rappelle que le français fait partie de ces valeurs si intimement liées à notre tissu social ».

Toutefois, étant d’avis que la langue française n’est pas le responsable « de notre petit monde », Lofficial (1979)  nous dit:

Charger la langue française de tous les péchés de notre petit monde, lui denier tout caractère antinational et faire de son abolition le remède à tous nos maux, relève une schématisation simpliste ou une entreprise de mystification, sinon d’un dandysme intellectuel (1979 : 24).

Par conséquent, l’auteur opte pour un « bilinguisme équilibré » qui respectera nos réalités nationales sans nous couper du reste du monde (Lofficial, 1979: 24-25).

Il en résulte de toute l’analyse précédente que la tricherie aux examens du baccalauréat haïtien est de caractère multidimensionnel. De ce fait, outre les lacunes pédagogiques des enseignants, la faiblesse et le manque de moralité et de sérieux de certains candidats ; outre la « démission et la complicité » de certains parents, directeurs, professeurs, surveillants, superviseurs ; outre le silence de l’État et de certains partenaires de l’éducation ; outre la dichotomie Créole/Français, la désuétude des méthodes d’évaluation [que l’on a souvent tendance à évoquer comme des causes fondamentales de la tricherie aux examens du baccalauréat haïtien], il est important d’ajouter à cela l’incapacité de l’État à offrir la même opportunité, la même chance à tous les examiné (e)s. Comme, le souligne Frédéric Gérald Chéry (2009 :152), « l’État [haïtien] n’a pas une conception de l’égalité des citoyens : il tolère [voire soutient] qu’un service d’une qualité médiocre soit fourni à une partie des citoyens alors que l’autre partie bénéficie d’un service de meilleure qualité ». Dans une telle perspective,  cet État-là « appuie l’inégalité du fait de son manque d’engagement pour une norme universelle quant à la façon d’offrir un service public à tous ses citoyens » (Chéry, 2009 :152). De plus, alors que les bacheliers fréquentent des écoles différentes et suivent des programmes différents, ils sont appelés à subir les mêmes épreuves. Donc, dans une telle réalité, la modernisation de la tricherie aux examens du baccalauréat haïtien n’est autre qu’une forme de stratégie utilisée par les examiné (e)s fréquentant surtout [nous avons bien dit surtout] des « écoles non performantes » en vue de contourner un système qui cherche à les mettre à l’écart. En d’autres mots, le recours au téléphone portable n’est autre qu’une forme de tactique mis en place par des bacheliers et des bachelières en vue d’affronter un « système » qui cherche à les faire victime d’une flagellation indépendante de leur volonté, et émanant plutôt d’un État qui n’a pas pris aux sérieux son rôle de pourvoyeur et de régulateur d’écoles au sein de la société haïtienne. Quels sont les impacts de la tricherie à long terme? Que deviennent les tricheurs et les tricheuses qui ont réussi leur baccalauréat [en Haïti]? Telle n’était pas notre préoccupation dans cet article.

 

 

©Juillet 2017

mozartsaintfleur@yahoo.fr

Tél : (+509) 3865-3413 / 4377-68-32

NB : Toute reproduction, même partielle, non autorisée est strictement interdite.

 

 

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

BELLEGARDE, Marie. 1925. La langue française en Haïti. Port-au-Prince : Imprimerie Chéraquit.

BOURDIEU, Pierre & PASSERON, Jean-Claude.1970. La reproduction : Éléments pour une théorie du système d’enseignement. Paris : Les Editions Minuit, « Le sens commun ».

BOURDIEU, Pierre &PASSERON, Jean-Claude.1964. Les héritiers : Les étudiants et la culture. Paris : Les Éditions de Minuit, « Le sens commun ».

BOURDIEU, Pierre. « Une science qui dérange », Entretien avec Pierre Thuillier, La Recherche, n° 112, juin 1980, 738-743 in Questions de sociologie. Paris : Les Éditions de Minuit, 2009.

CADET, Pierre Josué Agénor. 2009. « Examens officiels d’État et le phénomène de la triche en Haïti ». Le Nouvelliste 6 septembre : URL : <http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/71896/Examens-officiels-dEtat-et-phenomene-de-la-triche-en-Haiti.html>. Consulté le 29 juin 2016.

CADET, Pierre Josué Agénor. Juillet 2006. Le Nouvelliste 7 juillet. URL :<http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/31534/La-corruption-aux-portes-des-examens-dEtat.html>. Consulté le 29 juin 2016.

CHARLES, Pierre-Jacques.1980. La question scolaire en Haïti, « Collectif Paroles », 8 septembre 1980.

CHÉRY, Fréderic Gérald. 2009. Le financement de la décentralisation et du développement local en Haïti. Préface de Jean-Claude Fignolé. Port-au-Prince : Imprimerie Henri Deschamps.

DELIMA, Pierre. [2012]2014. Constitution, Lois Éducation en Haïti 1801-2011 : Eléments de politiques Éducatives. Québec : Le Béréen / Édition Mémoire ; Le Béréen / Édition Mémoire.

DURKHEIM, Émile. [1938] 2003. Éducation et société. Paris : PUF, 8ème éd.: «Collection Quadrige ».

FRANÇOIS, Pierre Enocque. 2009. Système éducatif  et abandon social en Haïti. Cas des enfants et jeunes de la rue. Thèse de doctorat en science de l’éducation. Université de Paris 10 Nanterre.

GAILLARD, Marie Michèle. 1979. « Éducation et inégalités sociales en Haïti », in Éducation et développement, document de synthèse, Port-au-Prince, « Collection CHISS », pp.32-37.

GIDDENS, Antony. 1990. The Consequenses of Modernity. Cambridge : Polity Press.

GLASSIER, William (dir.).1996. L’école qualité. Québec : les éditions logiques.

HOFFMANN, Leon-François.1990. Haïti : couleurs, croyances, créole. Port-au-Prince : Éd. Henri Deschamps ; Montréal-Canada : les éditions du CIDIHCA

ISIDOR, Nadège. 2007. Les motivations des candidats a la tricherie lors des épreuves du baccalauréat à Port-au-Prince. Mémoire de licence en sociologie. Faculté des Sciences Humaines. Université d’État d’Haïti. Non Publié.

JOASSAINT, Jean Erick.1978. L’école en Haïti. Port-au-Prince : Les ateliers Fardin.

JOINT, Louis-Auguste.2007. Système éducatif et inégalités sociales en Haïti : Le cas des écoles catholiques. Paris : L’Harmattan.

 

L’APPROCHE SYSTÉMIQUE. 1981. Manuel pour améliorer la pratique de l’éducation. s.l : Presses de l’UNESCO.

MAITRE. J. Luders. 2003. Les fraudes au baccalauréat haïtien. Une étude sur les bacheliers et les bachelières dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince (Secteur Nord et Sud du secondaire). Mémoire en Sciences Anthropologiques et sociologiques. Faculté d’Éthnologie. Université d’État d’Haïti. Non publié.

MERAT, Pierre Joseph. 2014. «Les résultats du bac 2009, l’arbre qui est incapable de cacher la forêt ». Le Nouvelliste 5 Août. URL : <http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/137087/Les-resultats-du-bac-2009-larbre-qui-est-incapable-de-cacher-la-foret.html>. Consulté le 26 juin 2016.

MOLENAT, Xavier. s.d. « La triche aux examens, fraude ou incompréhension ». Sciences Humaines.URL <<www.sienceshumaines.com/la-triche-aux-examens-fraude-ou-incomprehension_fr_22770>>. Consulté le 30 juin 2016.

MOROSE, Joseph P. 1970.Pour une réforme de l’éducation en Haïti. Thèse présenté à la Faculté de Lettres de l’Université de Fribourg, Suisse, pour l’obtention du grade de docteur.

PETIT FRERE, Dieulermesson. 2013. « Les examens officiels en Haïti : l’arbre qui cache la forêt (2ème partie) ». Le Nouvelliste 16 juillet. URL :< http//www.lenouvelliste.com/m/le public/index.php/article/118938/les-examens-officiels-en-haiti-larbre-qui-cache-la-foret-2eme-partie>. Consulté le 11 février 2015.

PIERRE, Marie Paule. 2003. Réalité de l’école publique haïtienne en regard de la situation socio-économique des classes populaires. Mémoire de licence en Travail social. Faculté des Sciences Humaines. Université d’État d’Haïti. Non publié.

RODRIGUE, Jean. 1988. Haïti : Crise de l’éducation et crise du développement, Montréal : Bibliothèque Nationale du Québec.

RONCERAY, Hubert de. 1979. Sociologie du fait haïtien. Québec : éd. de l’action sociale.

www.education.francetv.fr/article/triche-plagiat-quand-les-eleves-ne-respectent-les regles-de-l-ecole-o33319, consulté le 25 juin 2016

http://www.rtbf.be/info/article/detail_focus-nouvelles-techniques-de-tricherie-aux-examens ?id=8182783, consulté le 22 juin 2016.

[1] PETIT FRERE, Dieulermesson. 2013. « Les examens officiels en Haïti : l’arbre qui cache la forêt (2ème partie) ». Le Nouvelliste 16 juillet. URL :< http//www.lenouvelliste.com/m/le public/index.php/article/118938/les-examens-officiels-en-haiti-larbre-qui-cache-la-foret-2eme-partie>. Consulté le 11 février 2015.

[2] L’accordéon, bible, etc., sont maintenant remplacés par  le téléphone portable (avec ou sans connexion internet).

[3] Voir www.education.francetv.fr/article/triche-plagiat-quand-les-eleves-ne-respectent-les-regles-de-l-ecole-033319.

[4] Le téléphone portable est aussi appelé «téléphone mobile », « téléphone cellulaire », etc.

[5]Toutefois, comme l’a justement souligné Isidor Nadège, dans son mémoire de sortie à la Faculté des Sciences Humaines, aucune donnée statistique  sur le taux de tricherie aux examens du baccalauréat haïtien n’a été trouvée.

[6] Pour parler à la manière de Lofficial (1979 :44), « Il serait plus qu’abusif de prétendre qu’Haïti est un pays bilingue », car le bilinguisme désigne, selon lui, l’équivalence de deux langues dans le contexte social.

[7] Le concept «système » est ici mis entre guillemets par le fait que nous savons déjà combien cela peut paraître abusif, voire ultra abusif de parler de « Système » quand on aborde l’éducation en Haïti. Donc, un système est « une totalité organisée dont l’organisation résulte de l’interaction dynamique et réciproque de ses différents éléments constitutifs ». Voir L’ÉDUCATEUR ET L’APPROCHE SYSTÉMIQUE. 1981. Manuel pour améliorer la pratique de l’éducation. s.l : Presses de l’UNESCO, p.1.

[8] Chaque classe, selon Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, a sa culture. L’école, de son côté, sélectionne celle dominante. D’où, selon ces auteurs, le concept d’ « arbitraire culturel ». En d’autres mots, la culture des classes défavorisées, selon Bourdieu et Passeron, n’est pas sélectionnée par l’institution scolaire. D’où la difficulté de ces élèves et/ou étudiants issus de ces classes-là devant l’école, car le capital culturel qu’ils détiennent n’est pas diffusé/enseigné à l’école. Voir : BOURDIEU, Pierre & PASSERON, Jean-Claude.1964. Les héritiers : Les étudiants et la culture. Paris : Les Éditions de Minuit, « Le sens commun ».

[9]Voir FRANÇOIS, Pierre Enocque. 2009. Système éducatif  et abandon social en Haïti. Cas des enfants et jeunes de la rue. Thèse de doctorat en science de l’éducation. Université de Paris 10 Nanterre, pp-32-37.

[10]  Selon Dieulermesson PETIT FRERE, le baccalauréat haïtien a été institué en 1907, sous le gouvernement de Nord Alexis, par Thrasybule Laleau. De 30 candidats en 1908, le nombre est passé à 22.000 en 1987».

[11] D’après ce que rapporte Dieulermesson, de 1990 à 2000 « le pourcentage d’admis au baccalauréat – 1ère et 2ème partie – n’a pas dépassé 56%. À l’exception des années 1993-1994 où le pourcentage a atteint 61,46 % soit 40.081 des 65.217 inscrits ». L’auteur souligne aussi que dans la période 2004-2005, appelée année catastrophique, « le pourcentage n’a pas atteint 41% – à l’exception du département des Nippes ».

[12] Comme l’aurait dit PETIT FRERE, les écoles ainsi appelées sont celles non réputées  et/ou non reconnues par le MENFP. Autrement dit, des écoles non performantes.

[13] Ainsi, selon la sociologue, « la fraude aux examens est avant tout le résultat de malentendus qui ne sont jamais explicités. De ce fait, dit-il, chacun des acteurs a sa propre définition de la situation. D’où une incompréhension réciproque et une situation de méfiance engendrant des comportements fautifs ».  Anne Guardiola cité par Xavier Molénat, dans son article intitulé, La triche aux examens, fraude ou incompréhension. Voir www. scienceshumaines.com/la-triche-aux-examens-fraude-ou-incomprehension_fr_22770.

[14] Pour ROBERT, Berrouët-Oriol, et.al, « malgré l’expression constante et d’un nationalisme chatouilleux, celle des « natif natal », il aura fallu patienter 183 ans pour que le créole devienne légalement langue officielle », Voir  ROBERT, Berrouët-Oriol, et.al. 2011. L’aménagement linguistique en Haïti : Enjeux et proposition, Avant-Propos de Jean-Claude Corbeil, Introduction de Bernard Hadjadj, Postface de Joseph-G. Turi, Éditions de l’Université d’État d’Haïti (Port-au-Prince) ; CIDIHCA (Montréal), p.20

[15] Ici, pour parler à la manière de Berrouët-Oriol, Robert, et.al. , disons qu’« […] il ne s’agit pas de  refuser l’apprentissage du français, mais plutôt de renforcer les outils permettant de la diffusion du créole et notamment la production des actes administratifs, la publication des journaux, d’ouvrages littéraires en créole »  (Berrouët-Oriol, et al., 2011 :22)

[16] Selon Glassier William, « les tests ont bien leur importance, mais non pas pour voir si l’élève est capable de faire de mémoire ». Il avance en disant qu’ « enseigner et faire passer des tests de cette façon est pire que de ne pas faire des sciences du tout, parce qu’ainsi beaucoup d’élèves apprennent à détester les sciences et détester quelque chose d’aussi précieux que des sciences est pire que de simplement les ignorer ». Voir : Glassier, William (dir.).1996. L’école qualité. Québec : les éditions logiques, p.284.

[17] Certains arrivent même jusqu’à parler d’une véritable « industrie florissante de l’enseignement privé en Haïti». Voir : MOROSE, Joseph P. 1970. Pour une réforme de l’éducation en Haïti. Thèse présenté à la Faculté de Lettres de l’Université de Fribourg, Suisse, pour l’obtention du grade de docteur.

[18] Pour Robert Berrouët-Oriol, et. Al, « L’histoire des rapports entre le créole et le français en Haïti atteste l’existence d’un certain « maquis linguistique », voire d’un « cannibalisme linguistique » – que l’on peut d’ailleurs observer dans la plupart des sociétés post-coloniales – et qui relève de l’idéologie, de dérives idéologiques et nullement de la science linguistique » (Berrouët-Oriol, et.al., 2011 :172).

Sans regret, Antonal Mortimé a participé à la première Ecole d’été du Numérique initiée par le duo REJEBECSS/APSOHA

Sans regret aucun, j’ai pris part à la première édition de l’École d’été du Numérique qui s’est tenue du 28 au 29 juillet 2017 dans la ville de Delmas, dans les locaux de l’université CFDE, avec la participation d’une vingtaine de jeunes universitaires et de professionnels confirmés dans des domaines différents. Une session de formation […]

via La tenue de la première école d’été numérique en Haïti : Un exploit pour des universitaires et professionnels haïtiens —

Les Classiques des Sciences Sociales : un feu à charbonner

L’année de 1993 a vu venir au monde cette grande bibliothèque numérique qu’est  « Les Classiques des Sciences Sociales [www.classiques.uqac.ca/] » qui, aujourd’hui, soit 24 ans plus tard, a un bilan ayant le mérite d’être vanté. En effet, elle constitue présentement  un réservoir contenant près de 7.000 œuvres de philosophie et de sciences sociales que tous les chercheurs, étudiants, universitaires… peuvent consulter et télécharger sans avoir besoin de délier les cordons de la bourse. Le niveau d’achalandage de son site est rare : le nombre des ses visiteurs différents a atteint pour l’année 2016 la barre de 1 283 303. De 2003 à 2015, 47 812 076 téléchargements s’y opèrent déjà. La singularité de ce grand outil pédagogique réside entre autres dans le fait qu’il se veut une arme de lutte contre les injustices cognitives que subissent les savoirs et les chercheurs du Sud. Sur ces entrefaites, un regard spécial est porté sur Haïti : une sous-collection consacrée exclusivement à la diffusion des savoirs d’Haïti, _qu’ils soient en créole ou en français _, est donc créée. Elle porte le nom de « Etudes Haïtiennes / http://classiques,uqac.ca/contemporains/etudes_haitiennes/etudes_haitiennes_idex.htlm » et est dirigée  par Ricarson DORCE.

La création de cette sous-collection a, sans surprise, déclenché l’emballement des étudiants d’Haïti et a trouvé leur assentiment. En outre, notons qu’un espace dédié particulièrement à la diffusion  de mémoires d’étudiants haïtiens est aussi créé. Dans ces conditions, « Les Classiques des Sciences Sociales » s’offrent aux universités d’Haïti comme une propriété agissante dans le champ scientifique qu’elles se doivent de mettre à profit. Plusieurs étudiants haïtiens s’en rendent compte. A preuve, Djedly JOSEPH, un jeune étudiant en Sciences Politiques au Campus Henri Christophe de Limonade proclame que : « l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) doit compter nécessairement sur l’appui de cette bibliothèque numérique pour mieux entretenir les espaces universitaires auxquels revient la grande tache de produire des savoirs efficaces. »  Il retrouve donc un jeune diplômé en philosophie à l’UEH, Wood-Mak PIERRE, qui soutient vertement que : « les Classiques des Sciences Sociales constituent une sorte de remède à la carence en documentation à laquelle confrontent les étudiants d’Haïti. Ainsi, poursuit-il, l’UEH se doit de prendre cet outil comme point d’appui en matière de documentation. » Il est à croire que ce regard spécial sur Haïti représente donc un coup de tonnerre dans un ciel serein.

Il s’ensuit que plus d’une trentaine d’étudiants haïtiens ont entré dans cette danse orchestrée par Les Classiques des Sciences Sociales. Ils ont donc compris la nécessité de charbonner le feu que représente ce grand patrimoine sur la terre d’Haïti. A en croire l’un d’eux, Myster Way JEAN-BAPTISTE, étudiant finissant en psychologie à l’UEH, « à l’heure actuelle, dans le contexte du capitalisme cognitif, choisir d’orienter ses efforts dans une bataille contre l’injustice cognitive est vraiment noble et mérite le soutien de tous ceux qui croient que l’inégalité de chances devant l’éducation est à bannir ». Dadjena VOLCY, étudiante en Sciences Politiques au Campus de l’Université Henri Christophe, abonde dans ce même sens quand elle déduit que : « Les Classiques des Sciences Sociales représentent pour les jeunes étudiants haïtiens un élément palliatif au problème de marchandisation du savoir auquel ils confrontent. » Etant mus dans cette conviction citoyenne et d’élan de justice, ils ont créé en mars 2016 un organisme qui porte le nom de Réseau des Jeunes Bénévoles des Classiques des Sciences Sociales : REJEBECSS [http://projetsoha.org?page_id=1221]. L’une des principales ambitions qui constituent le ciment de la philosophie des actions de ces jeunes étudiants haïtiens consiste en la diffusion massive du patrimoine intellectuel de leur pays en libre accès. Il y a lieu de souligner qu’il s’agit là d’une intention d’éléphant heurtée par des moyens de fourmis.

Mais à cœur vaillant, rien d’impossible !

Il importe de noter que, _ dans un langage leibnizien _, dans leurs discours consistant en un « art d’estimer les vérisimilitudes », c’est-à-dire, anticiper objectivement l’avenir, l’avenir de Les Classiques des Sciences Sociales en Haïti, ces jeunes étudiants militants parient sur une salle de travail bien équipée (scanners professionnels, computers, logiciels…) et, _ pour citer particulièrement Dadjena _, des séances de formation adéquates, pour faire de cette prestigieuse bibliothèque numérique l’une des plus grandes références en matière de conservation, de gestion et de valorisation des études haïtiennes. C’est clair comme deux et deux font quatre que la pauvreté en documentation qui qualifie les centres universitaires d’Haïti et les injustices cognitives desquelles sont victimes les savoirs et chercheurs de ce pays constituent pour ces membres de REJEBECSS une pilule qui est dure à avaler et leur font se dresser sur leurs ergots. Ainsi, à noter que le Collectif SOHA (Science Ouverte en Haïti et en Afrique francophone [www.projetsoha.org]), dirigé par la professeure Florence PIRON, vu son engagement dans la lutte en quête de justice cognitive, accorde manifestement sa bénédiction à ces jeunes militants de la science ouverte.

Au bout du compte, Djedly JOSPEH enfonce une porte ouverte quand il déclare que : « Les classiques des Sciences Sociales est une meilleure voie pour un meilleur développement cognitif. Avoir accès à des documents, c’est plus qu’extraordinaire, avantageux pour nos recherches et notre apprentissage. » Wood-Mark PIERRE rend aussi hommage à cette grande figure socialiste anarchiste proche de Proudhon et Saint Simon, à savoir Jean-Marie TREMBLAY, en ces mots : « Le travail du PDG de Les Classiques des Sciences Sociales est similaire à celui d’un écologiste. Si ce dernier protège la nature contre la pollution, professeur TREMBLAY protège la science contre la marchandisation.» Le professeur nous livre ses principales motivations dans cette aventure à laquelle il s’adonne depuis 23 ans quand il précise qu’« on ne fait pas tout cela pour soi, c’est pour permettre au plus grand nombre de s’épanouir, en accédant aux outils de compréhension et d’analyse. Et nous (lui et les membres de REJEBECSS), comme des boulangers qui aiment le pain qu’ils font lever à mettre la main dans la pâte. Non pour son profit personnel, non pour notre gloire personnelle, mais pour l’épanouissement du plus grand nombre ».

A la jeunesse estudiantine d’Haïti de s’engager davantage !

Rency Inson MICHEL

Jacmel recevra l’Ecole d’Eté du Numérique initiée par le duo: REJEBECSS/APSOHA

Sous la commande de l’Association Café-Philo de Sud’Est, la ville de Jacmel recevra, les 10 et 11 aout 2017, à l’auditorium de l’UNDH, la première édition de l’Ecole d’été du Numérique. Une initiative à vocation éducative que le Réseau des Jeunes Bénévoles des Classiques des Sciences Sociales et l’Association pour la Promotion de la Science Ouverte en Haiti et en Afrique ont mise sur pied. Une des façons concrètes pour ces deux organismes (REJEBECSS et APSOHA) de prouver qu’ils se mettent réellement à la trousse de la faible littératie numérique dont fait preuve un nombre important d’universitaires d’Haiti. Retenez que la littératie numérique désigne la capacité d’exploiter de manière optimale les possibilités d’un ordinateur et du web.

Je rappelle le thème de cette première édition : « logiciels et plateformes collaboratives : outils de productivité intellectuelle ». Aussi, avec un souci d’excellence, des animateurs/formateurs présenteront deux jours de séminaire de formation devant permettre aux participants et participantes de manier les plateformes et logiciels collaboratifs qui suivent:

  • Google doc : Un logiciel collaboratif mais non libre qui permet de sauvegarder des textes et de réaliser des travaux d’écriture en groupe.
  • Trello : c’est une application web qui permet de réaliser des projets virtuellement et de coordonner une activité quelconque en répartissant les taches. Il permet également de mieux s’organiser si l’on travaille à plusieurs.
  • Zotero : Il permet de collecter des références, de les organiser, de les emporter dans un traitement de texte pour un travail de recherche, de les synchroniser sur plusieurs ordinateurs et d’élaborer des bibliographies en collaboration avec d’autres utilisateurs.
  • Google Form : Un logiciel qui permet de réaliser des formulaires et des questionnaires en ligne. Il permet d’avoir les résultats traités sous formes brutes ou diagrammes instantanément à partir des calculs statistiques automatiques.
  • WordPress : c’est une plateforme qui permet de gérer des contenus (Système de Gestion de Contenus) en ligne ; de créer des blogs et des sites web…
  • Framapad : un éditeur de textes collaboratifs en ligne, libre et gratuit.
  • Pearltress : cette application permet d’enregistrer des liens, des fichiers et des pages web trouvés sur internet ; et partager des collections scientifiques.
  • Dropbox : C’est une application qui permet d’enregistrer tous vos fichiers (photos, vidéos, documents, etc.) au même endroit et de les sauvegarder automatiquement, d’envoyer des fichiers volumineux, et de collaborer sur des présentations et des documents sans avoir à multiplier les échanges de fichiers par e-mail

 

Autant de logiciels et plateformes collaboratives ayant entre autres la vertu de permettre de faire une mise à profit de la dynamique proximité-distance, de travailler de manière asynchrone, de bien garder les traces de ses trouvailles sur le web…

 

Pour vous inscrire, cliquez ici https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLScYTn10yzq_rWKXEWpEt1U9iHZVF6m_rCMLQpQ9ZKmLOJbHOg/viewform

 

Rency Inson Michel

Coordonnateur de REJEBECSS

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑